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L'édito du mois de Squaaly 

A une époque où l’on choisit tout, son forfait téléphonique, la couleur de ses cheveux ou de ses ongles, les options de sa voiture ou le genre, voire les genres dans lesquels on se sent bien ; pourquoi ne pourrait-on pas choisir sa nationalité, plutôt de subir telle une assignation, celle qui nous est attribuée à la naissance par notre lieu de naissance, notre ascendance ou que sais-je encore ?

Ne tournons pas autour du pot ; « être né quelque-part » comme le fredonne le sylvestre chanteur est un hasard, un hasard de la vie ! Presque le premier des hasards ! C’est de fait, le Poulidor des hasards de la vie, tout près, dans la roue de celui de la rencontre de l’ovule et du spermatozoïde.  

Pourquoi cette hasardeuse géolocalisation nous impacterait ad-vitam æternam ? Pourquoi ce hasard, devrait conditionner notre devenir et la couleur de notre passeport ? 

D’autant, qu’aujourd’hui pour des histoires de papiers, de reconduction pour être précis, de titres de séjour qui tardent à arriver ; des hommes, des femmes qui ne sont pas nés ici, mais y vivent en toute légalité depuis parfois plusieurs reconductions perdent tous leurs droits. Droits au travail, droits sociaux, et sont de fait à la merci d’un contrôle de la maréchaussée puisque temporairement sans papiers. Ils se retrouvent dans l’illégalité à l’insu de leur plein gré pour finir de filer la métaphore cycliste. Certains, certaines ont des enfants qui, nés ici, sont Français de fait. Le pays de ces minots est la France. Eux, pourront restés ici, si, un jour, leurs parents viennent à être expulsés, après un contrôle inopiné.

Entre temps, ne pouvant plus légalement travailler, puisque sans titre de séjour, ces familles injustement fragilisées, précarisées, vulnérabilisées font le bonheur d’employeurs hors la loi qui apprécient de payer sous le seuil légal une main d’œuvre rendue servile, et de marchands de sommeil peu scrupuleux qui ne s’embarrassent pas des normes de conformité de leur location. 

Leur quotidien ressemble alors à ces phrases que l’on ponctue par trois petits points, faute de mieux. En suspension !

Comment peut-on aujourd’hui structurellement organiser cette apesanteur, quand on sait le besoin de stabilité dont ont besoin ces familles, comme toutes les familles, pour prendre leur place dans le monde. 

Réduits à l’état de clandestinité, transformés en souris par une administration aux allures de gros matou qui fait mine, féline, d’étudier leurs dossiers et tarde à leur répondre ; ces humains se terrent. Parmi eux, des artistes supportés ici par des structures culturelles et artistiques qui croient à la nécessité des échanges, au partage et à la notion de terre d’asile, élèvent la voix. Ils et elles contestent l’augmentation de 50% des droits à acquitter et tirent le signal d’alarme, espérant ainsi coincer la porte de la souricière avant qu’elle ne se referme. Une tribune intitulée « Ne suspendons pas la vie des artistes étrangers » est en ligne. 

La mise en lumière de leurs cas doit profiter à tous. Musiciens, artistes, certes, mais aussi, chercheurs, aides à domicile, toubibs, maçons, infirmiers, informaticiens, brancardiers, commis de cuisine. Toutes et tous ont le droit à une vie digne. 

Ensemble et séparément, nous sommes le monde. Ne nous abandonnons pas, il est encore temps de réagir !

Mars 2026

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