CONTENTIEUX ADMINISTRATIF:
kevine Agambouet
Introduction:
L'introduction souligne l'importance du principe de soumission à la règle de droit
dans les sociétés organisées sous l'État de droit. Elle met en lumière la double
dimension utilitaire du contentieux administratif, tant au niveau social qu'individuel.
Le contentieux administratif contribue à résoudre les différends sociaux, maintenir
l'ordre public et préserver l'ordre juridique. La procédure en contentieux administratif
est considérée comme fondamentale, et son importance est soulignée par le
Président Odent. La notion de contentieux est expliquée comme étant liée à l'activité
humaine et partagée entre différentes branches du droit. Le contentieux administratif
se concentre sur les règles liées à l'organisation et à l'exercice de la fonction
juridictionnelle, selon Charles Debbache et autres. Enfin, il est souligné que la
compréhension complète du contentieux administratif nécessite une exploration des
contours de cette notion.
Chapitre Préliminaire : À la Rencontre du Contentieux Administratif
Le contentieux administratif, émanation dynamique du droit administratif, est
intimement tissé à l'évolution juridique. C'est dans l'arène jurisprudentielle que se
forge et s'épanouit cette facette particulière du droit. En résolvant les litiges nés de
l'action des pouvoirs publics, le contentieux administratif offre au juge un cadre
théorique et pratique, façonnant ainsi les règles essentielles du droit administratif.
Au sein de cette dynamique, une inégalité inhérente se dessine, privilégiant
l'administration dans les litiges opposant cette dernière aux administrés. Cette
asymétrie, caractérisée par l'existence de juridictions particulières, l'exécutoire des
décisions administratives, et l'absence d'exécution forcée, place le contentieux
administratif comme le contrepoids nécessaire à cette inégalité, offrant une
protection juridique aux administrés contre l'administration.
Explorons, dans ce chapitre préliminaire, la définition même du contentieux
administratif, déployant ses contours (Section I), établissant une typologie des litiges
qui l'animent (Section II), et examinant les procédés déployés pour résoudre ces
conflits (Section III).
**Section I : À la Croisée des Chemins - Définir le Contentieux Administratif**
Dans une approche prosaïque, le contentieux évoque une querelle, une contestation,
un conflit entre plusieurs parties. Appliqué à l'administration, il s'incarne dans les
litiges découlant de son action. Le contentieux administratif émerge ainsi des
dysfonctionnements et des pathologies du système administratif, des abus, des
arbitraires, des méfiances ou des mépris qui ponctuent les relations entre
l'administration et les administrés. Une approche à cerner rigoureusement, car elle ne
saurait occulter la double conception sous-jacente du contentieux administratif.
Paragraphe 1 : L'Étendue du Contentieux Administratif
Dans son essence étymologique, le contentieux administratif englobe les litiges issus
de l'activité des administrations publiques et les procédés destinés à les résoudre. Il
s'inscrit dans une acception large, incluant tout litige portant sur des questions de fait
ou de droit, pouvant être soumis à une autorité juridictionnelle ou résolu par des
méthodes non juridictionnelles.
Dans ce sens, le contentieux administratif se déploie au cœur des relations variées
entre l'administration et les administrés. Des litiges, qu'ils concernent des faits ne
nécessitant pas l'intervention du juge ou des questions de droit résolues par des
procédés alternatifs, façonnent la trame de cette conception élargie. Toutefois, cette
approche, bien que comprehensive, néglige la spécificité des règles de procédure et
de fond propres au droit administratif, caractérisé par des prérogatives exorbitantes
du droit commun, ce qui explique l'orientation vers une conception plus restreinte du
contentieux administratif dans certains systèmes juridiques, notamment en Afrique.
Paragraphe II : La Délimitation du Contentieux Administratif
Le contentieux administratif peut être appréhendé comme l'ensemble des règles
régissant la résolution, par voie juridictionnelle, des litiges administratifs. Cette
définition impose la présence de litiges administratifs résolus par le biais du système
judiciaire.
A - L'Existence de Litiges Administratifs
Dans un État de droit, les litiges impliquant des sujets de droit sont habituellement
portés devant le juge. Bien que certaines questions puissent être soumises sans
prétentions contradictoires, le contentieux administratif ne s'applique qu'aux litiges
présentant un caractère administratif.
a) Critères de Définition des Litiges Administratifs
Les litiges administratifs peuvent être définis soit organiquement, en considérant une
personne publique en tant que partie, soit matériellement, en se penchant sur leur
objet, lié aux activités administratives soumises à un régime spécifique.
b) La Définition du Litige Administratif
L'approche combinée des critères matériel et organique définit le litige administratif
comme impliquant une personne publique, à l'exception des activités non
administratives, et concernant toute activité administrative, quelles que soient les
parties impliquées.
B - La Résolution Juridictionnelle des Litiges
Les litiges administratifs nécessitent une résolution par voie juridictionnelle, avec
l'intervention d'un juge garantissant indépendance, impartialité et compétence.
Toutefois, le simple recours au juge ne suffit pas à conférer un caractère administratif
à un contentieux. La juridiction compétente pour traiter les litiges administratifs est
différente de celle des affaires privées, relevant de procédures spécifiques et d'un
droit distinct.
Cette conception vise à éviter tout chevauchement avec le contentieux privé, mais
elle risque de négliger des litiges administratifs relevant du droit public, traités par les
juridictions judiciaires dans certains cas. Dans les systèmes judiciaires où prévaut
l'unité de juridiction, le contentieux administratif s'articule essentiellement autour du
critère matériel, prenant en compte la spécificité des règles applicables à ces litiges.
Paragraphe III : La Diversité des Contentieux Administratifs
A - Le Recours pour Excès de Pouvoir (REP)
Le REP est un mécanisme de contentieux administratif permettant de contester la
légalité des actes administratifs devant le juge administratif. Ce recours vise à obtenir
l'annulation d'une décision administrative pour excès de pouvoir, c'est-à-dire lorsque
l'acte est entaché d'une illégalité. Il offre une possibilité de réformer une décision,
prononcer une condamnation pécuniaire, ou réduire le montant d'une cote
d'imposition.
Devant le juge de plein contentieux, tous les moyens de droit ou de fait ayant une
portée juridique peuvent être invoqués, ce qui n'est pas possible à l'appui d'un REP.
La faute qui peut ne pas résider dans une illégalité, comme la rupture du principe
d'égalité, peut être soulevée.
B - Le Contentieux de l'Interprétation et de l'Appréciation de la Légalité
Ce contentieux concerne des actes administratifs, mais il diffère du contentieux de
l'annulation. Dans ce cadre, le juge est sollicité pour interpréter, éclairer, ou clarifier le
sens et la portée d'une règle juridique. Il peut également déterminer la valeur d'une
règle juridique ou d'une décision contestée à un autre niveau du recours en justice.
Selon le commissaire du gouvernement Matter, l'interprétation ne trouble pas car elle
suit, se conforme et applique, tandis que l'appréciation, pouvant conduire à une
déclaration d'illégalité, perturbe l'opération du corps administratif. Dans
l'interprétation et l'appréciation, le juge n'est pas appelé à prendre une décision
produisant des effets directs, mais plutôt à fournir des éléments pour une décision
ultérieure ou à préciser la portée d'une décision antérieure.
Dans l'interprétation, tous les moyens de nature à éclairer la portée de l'acte sont
recevables, tandis que dans l'appréciation de la légalité, seuls les moyens à invoquer
à l'appui d'un REP peuvent être soutenus pour obtenir du juge une déclaration
d'illégalité.
La détermination du juge compétent pour interpréter et apprécier la légalité des actes
administratifs repose sur un principe assorti de dérogations, soulignant la complexité
de ces mécanismes au sein du contentieux administratif.
Paragraphe IV : Compétence et Dérogations
a) Compétence de principe
La loi sénégalaise accorde aux juridictions une compétence étendue sur l'ensemble
du contentieux administratif. Selon la loi de 2014, elles peuvent traiter l'ensemble du
contentieux et ont le pouvoir d'interpréter et d'apprécier la légalité des décisions
administratives. Contrairement à la France, au Sénégal, l'absence de dualité des
ordres de juridiction permet aux tribunaux de statuer directement sur l'illégalité d'un
acte administratif.
Au Mali, la loi fixe explicitement les compétences des tribunaux administratifs, leur
permettant de connaître des recours en interprétation et en appréciation de la légalité
des décisions relevant de leurs compétences.
b) Dérogations
Les juridictions judiciaires peuvent interpréter et apprécier la légalité d'actes
administratifs, mais des distinctions sont établies. En matière civile, les tribunaux
peuvent interpréter un acte réglementaire mais pas un acte individuel, sauf clarté
évidente, relevant de la compétence de la juridiction administrative.
En matière civile, l'appréciation de la légalité d'un acte administratif par voie
d'exception n'est généralement pas de la compétence des tribunaux, sauf s'il porte
gravement atteinte à des droits fondamentaux.
En matière répressive, la compétence du juge judiciaire est étendue, sauf pour
l'appréciation de la légalité des actes administratifs non réglementaires, réservée aux
juridictions administratives. Cette restriction a été levée par le nouveau code pénal
français en vigueur depuis 1994, conférant aux juridictions pénales la compétence
pour interpréter et apprécier la légalité des actes administratifs, si cela influence un
procès pénal.
Paragraphe IV : Contentieux de la Répression et Classification Fondée sur la Nature
des Questions
a) Contentieux de la Répression
Ce contentieux vise à réprimer les atteintes au domaine public, initialement limité aux
contraventions de grande voirie, désormais étendu aux sanctions disciplinaires des
organismes administratifs. Ces organismes, soumis au contrôle du Conseil d'État en
France et de la Cour Suprême au Sénégal, traitent des sanctions disciplinaires,
élargissant ainsi le concept traditionnel de contraventions de grande voirie.
Paragraphe II : Classification Fondée sur la Nature des Questions
Proposée par le doyen Duguit, cette classification distingue le contentieux objectif
(ou de la légalité) du contentieux subjectif (des droits).
A - Contentieux Objectif
Il concerne des situations juridiques objectives, où le requérant invoque la violation
d'une règle de droit ou une atteinte à des droits généraux et impersonnels. Ce
contentieux pose au juge des questions de droit objectif, évaluant la conformité d'un
acte administratif à la légalité dans un sens large, englobant diverses règles, qu'elles
soient constitutionnelles, législatives, jurisprudentielles, ou administratives.
B - Contentieux Subjectif
Il concerne des droits individuels, où le requérant invoque des droits relevant d'une
situation juridique individuelle subjective. Ce contentieux porte sur des questions de
droit subjectif, impliquant les privilèges ou prérogatives des sujets de droit, et traitant
des contrats, de la responsabilité, du domaine, et des avantages de la fonction
publique.
Section III : Procédés Non Juridictionnels de Règlement des Litiges Administratifs
Paragraphe I : Principaux Procédés Alternatifs de Résolution des Litiges
Administratifs
Les modes de règlement non juridictionnel des litiges administratifs, de plus en plus
utilisés, contribuent à la prévention des contentieux et à l'amélioration des relations
entre l'administration et les administrés. Ces procédés incluent l'arbitrage, la
transaction, la conciliation, les recours administratifs, et la médiation, offrant des
alternatives économiques et rapides par rapport aux procédures juridictionnelles
souvent longues et coûteuses.
A - L'Arbitrage
L'arbitrage est un procédé où les parties conviennent de soumettre un litige à un
arbitre, acceptant ainsi la sentence arbitrale contraignante. En principe interdit aux
personnes publiques, sauf exceptions législatives expressément prévues ou
stipulations de conventions internationales incorporées dans le droit interne. Les
personnes morales de droit public ne peuvent échapper aux règles des juridictions
nationales en recourant à l'arbitre pour des litiges relevant de l'ordre juridique interne,
toute clause ou compromission violant ces principes étant nulle.
B - La Transaction
La transaction, régie par le code civil, met fin ou prévient un litige par des
concessions mutuelles. Applicable en matière patrimoniale, fiscale ou douanière, elle
ne peut être utilisée pour des questions de légalité.
C - La Conciliation
La conciliation implique l'intervention d'un tiers sans pouvoir de décision pour
faciliter la résolution d'un litige. Elle peut être précontentieuse ou s'insérer au cours
d'une procédure judiciaire, impliquant le juge.
D - Les Recours Administratifs
Les recours administratifs permettent aux administrés de porter leurs prétentions
directement à l'administrateur responsable de la décision ou de l'acte contesté, à son
supérieur hiérarchique, ou à l'administrateur exerçant le pouvoir de tutelle sur une
collectivité décentralisée. Les recours administratifs présentent un caractère de droit
commun, avec des formalités souples, pouvant être déclenchés par une lettre
timbrée. Tous les moyens de légalité ou d'opportunité peuvent être invoqués, et la
réponse à un recours administratif a la nature d'une décision administrative
attaquable devant le juge de l'excès de pouvoir. L'exercice d'un recours administratif
proroge le délai du recours contentieux.
E - Le Médiateur
Le Médiateur, autorité administrative indépendante, vise à améliorer les relations
entre l'administration et les citoyens en résolvant rapidement les différends. Saisi de
réclamations justifiées, le Médiateur émet des recommandations et des propositions à
l'administration.
Dans un État de droit, ces modes de règlement non juridictionnel sont considérés
comme des instruments essentiels pour compléter les lacunes des modes de
règlement juridictionnel, représentés par les cours et tribunaux, sous la supervision,
au Sénégal, de la Cour Suprême, dotée de compétences significatives.
TITRE I : COMPETENCES ET ORGANISATION DE LA COUR SUPREME
La Cour Suprême, initialement créée en 1960, a été supprimée en 1992 dans le cadre
d'une réforme judiciaire qui instaurait la spécialisation avec la création du Conseil
Constitutionnel, du Conseil d'Etat et de la Cour de Cassation. Cependant, en 2008, la
Cour Suprême a été rétablie pour répondre aux défis liés à la mondialisation des
dispositifs juridiques et judiciaires, au traitement des affaires dans des délais
raisonnables, et à l'utilisation efficace des ressources budgétaires allouées à la
justice.
Huit ans après le rétablissement de la Cour Suprême, la loi organique de 2017
(n°2017-09 du 17 janvier 2017) a apporté des modifications pour maîtriser les délais de
traitement des affaires, simplifier les procédures et utiliser rationnellement les
ressources humaines. Des commissions juridictionnelles ont été mises en place pour
statuer sur diverses questions, et une procédure accélérée a été instaurée.
CHAPITRE I : LES COMPETENCES DE LA COUR SUPREME
La Cour Suprême dispose de compétences consultatives et contentieuses, définies
par la loi organique de 2017.
Section I – Les compétences consultatives (article 4 de la L.O)
La Cour Suprême peut être consultée pour avis motivé par le Président de la
République, le Président de l'Assemblée nationale et le gouvernement en matière
administrative et législative. Elle donne son avis sur les projets de loi et de décret,
ainsi que sur les propositions de décret soumis à son examen. Elle peut également
être consultée par le Président de l'Assemblée nationale sur les propositions de lois.
Dans l'exercice de sa compétence consultative, la Cour Suprême donne un avis
motivé, portant sur la légalité des dispositions examinées et sur la pertinence des
arguments juridiques avancés. Cet avis n'est pas contraignant, mais son omission
lorsqu'elle est obligatoire peut affecter la régularité de la décision, entraînant
potentiellement son annulation par le juge de l'excès de pouvoir.
La Cour Suprême ne doit pas émettre d'avis sur l'opportunité d'un projet, mais se
concentre sur la constitutionnalité ou la légalité des dispositions en question. L'avis
tient lieu de délibération de l'Assemblée générale.
Paragraphe II : Portée de la compétence consultative
Lors de sa compétence consultative, l'Assemblée consultative de la Cour Suprême
émet un avis motivé sur les projets de loi, les décrets et les propositions de décret
soumis à son examen. Cet avis porte sur la légalité des dispositions et sur la
pertinence des arguments juridiques avancés. Il s'agit d'un avis simple, non
contraignant pour l'autorité décisionnelle. Cependant, l'omission de saisine
obligatoire peut entraîner l'annulation de la décision par le juge de l'excès de pouvoir.
La compétence consultative ne permet pas d'apprécier l'opportunité du projet, se
concentrant sur la constitutionnalité ou la légalité des dispositions. L'avis tient lieu de
délibération de l'Assemblée générale (article 19 al1).
Section II : Compétences contentieuses
Au sommet de la pyramide judiciaire sénégalaise, la Cour Suprême exerce le pouvoir
judiciaire en collaborant avec d'autres institutions. Ses compétences, définies par la
constitution et la loi organique de 2017, comprennent des compétences générales et
contentieuses.
Paragraphe I : Compétences générales
Sous réserve des compétences d'autres juridictions, la Cour Suprême connaît des
pourvois en cassation pour incompétence, violations de la loi ou de la coutume,
dirigés contre les arrêts et jugements rendus en dernier ressort. Elle intervient
également en tant que juge du contentieux des comptes et des comptables publics, et
elle régule le système judiciaire sénégalais en statuant sur diverses questions.
La loi organique a créé deux commissions juridictionnelles traitant des demandes
d'indemnités liées à la détention provisoire et des recours formés par les officiers de
police judiciaire pour suspension ou retrait d'habilitation.
Paragraphe II : Connaissance du contentieux administratif
La Cour Suprême du Sénégal joue un rôle crucial dans le contentieux administratif.
L'article 92 de la Constitution de 2001 et l'article 1er de la loi organique n°2017-09
définissent clairement le contentieux administratif comme prioritaire pour la Cour
Suprême. Elle agit en tant que juge de l'excès de pouvoir, juge de cassation du plein
contentieux administratif, et juge des élections locales.
A – Le contentieux de l'excès de pouvoir
Le recours pour excès de pouvoir permet aux administrés de demander à la Cour
Suprême d'annuler partiellement ou totalement un acte administratif unilatéral illégal.
C'est un moyen essentiel de défense contre l'arbitraire et l'illégalité. Le Recours pour
Excès de Pouvoir (REP) a une base constitutionnelle en vertu de l'article 92 de la
Constitution sénégalaise. La Cour Suprême est le juge en premier et dernier ressort
de l'excès de pouvoir des autorités exécutives et de la légalité des actes des
collectivités locales.
B – La cassation du plein contentieux administratif
Le recours en cassation vise à annuler les décisions juridictionnelles qui ont violé
une règle de droit. Seules les décisions rendues en dernier ressort sont soumises à
un recours en cassation. La Cour Suprême, en tant que juge de droit, ne traite pas du
fond des affaires, se concentrant sur la légalité des procédures. Elle peut statuer sur
des affaires liées aux cours des comptes, aux organismes administratifs
juridictionnels, et aux contentieux administratifs de pleine juridiction.
C – La cassation des inscriptions sur les listes électorales et des élections locales
La Cour Suprême intervient en dernier ressort dans le contentieux des inscriptions
sur les listes électorales et des résultats des élections locales, en remplacement du
Conseil d'État. Elle assure ainsi la régularité des procédures électorales.
Section II : Le rapport d'activité de la Cour Suprême
La Cour Suprême est tenue de rédiger chaque année un rapport de ses activités. Ce
rapport est adressé au Président de la République et au Président de l'Assemblée
nationale. Il est publié dans le bulletin des arrêts de la Cour Suprême et peut contenir
des suggestions, des propositions et signaler les difficultés rencontrées dans
l'application de la loi. Le processus d'élaboration du rapport implique le secrétaire
général et l'assemblée intérieure, puis il est adopté en séance plénière.
Chapitre II : Organisation et fonctionnement de la Cour Suprême
L'organisation et le fonctionnement de la Cour Suprême sont détaillés dans les titres
II et III de la loi n°2017-09 du 17 janvier 2017. La Cour Suprême est composée de
magistrats et de personnel non magistrat, tous contribuant au bon fonctionnement de
la Cour.
Section I : La composition de la Cour Suprême
Paragraphe I : Le personnel magistrat
En France, les membres des tribunaux administratifs, des cours administratives
d’appel et du C.E. ne sont pas des magistrats, mais des fonctionnaires recrutés par la
voie de l’ENA et soumis au statut général de la fonction publique, avec un statut
particulier les mettant dans les conditions d’exercer pleinement leur fonction
juridictionnelle.
Au Sénégal, la justice administrative est rendue par des magistrats professionnels,
nommés par décret dans des conditions fixées par la loi organique portant statut des
magistrats et la loi organique sur l’organisation et le fonctionnement du conseil
supérieur de la magistrature.
Les magistrats de la Cour Suprême ne sont soumis qu’à l’autorité de la loi et
bénéficient du principe de l’inamovibilité. Il ne peut être mis fin à titre temporaire ou
définitif aux fonctions des magistrats membres de la Cour Suprême que dans les
formes prévues pour leur nomination et sur avis conforme du bureau de la cour saisi
par le premier Président. Toutefois, lorsque les circonstances de la cause l’exigent, le
premier Président de la Cour Suprême prend une mesure conservatoire de
suspension à effet immédiat en attendant la décision du conseil de discipline. Le
personnel magistrat de la Cour Suprême est constitué de :
I : le Premier Président
Le premier Président de la Cour Suprême est nommé par décret sur proposition du
garde des sceaux, Ministre de la justice, après avis du conseil supérieur de la
magistrature, parmi les présidents de chambre, le procureur général près de la Cour
Suprême, les premiers Présidents des cours d’appel, les procureurs généraux près
des cours d’appel et les directeurs de l’administration centrale du Ministère de la
justice. Ses pouvoirs sont très étendus. Il est chargé de l’administration et de la
discipline de la Cour Suprême. Il administre les crédits, le personnel mis à la
disposition de la cour, convoque et préside les réunions des organes statutaires de la
cour. Il a le pouvoir de statuer par voie d’ordonnance sur toute demande en
inscription de faux contre une pièce produite devant la cour.
II : Les Présidents de chambres
Ils sont placés à la tête des différentes chambres de la Cour Suprême et veillent au
bon fonctionnement des différentes formations de jugement placées sous leur
direction.
III – Le secrétaire général de la Cour
Le secrétaire général de la Cour Suprême est choisi par le premier Président parmi les
membres de la dite cour. Il est nommé par décret dans les conditions fixées par la loi
organique sur le conseil supérieur de la magistrature. Il assiste le premier Président
de la Cour dans l’administration, la discipline et la gestion des crédits affectés à la
cour. Il dirige les services sous l’autorité du président, il est à cet effet chargé de
l’exécution des délibérations du bureau et de l’assemblée intérieure. À cet égard, il
peut recevoir délégation de signature pour tous les actes et décisions relatifs au
fonctionnement du service et à l’exécution du budget. Le secrétaire général peut sur
invitation du président assister aux réunions du bureau.
IV – Le Parquet de la Cour Suprême
Dirigé par le procureur général près la Cour Suprême, le Parquet est constitué du
premier avocat général, des avocats généraux et des avocats généraux délégués. Le
procureur général près la Cour Suprême en assure la discipline. Il a autorité sur le
personnel en service au parquet général et est inspecteur général des parquets sans
préjudice des attributions de l’inspecteur général de l’administration de la justice. Il
peut, à la demande du premier Président, présider le bureau de la cour et les
assemblées. Le Procureur général peut occuper lui-même le siège du ministère public
devant les formations juridictionnelles de la Cour Suprême. Il est suppléé selon
l’ordre d’ancienneté par un premier avocat général ou l’un des avocats généraux.
V – Les conseillers
Les conseillers sont choisis parmi les magistrats ayant exercé en qualité de titulaire
un emploi hors hiérarchie pendant quatre ans au moins. Peuvent également être
nommés conseillers les fonctionnaires titulaires d’une maîtrise en droit ou d’un
diplôme admis en équivalence, les avocats, les professeurs titulaires des facultés de
droit comptant vingt années d’exercice de leur profession ou de carrières dans les
services publics.
VI – Les conseillers référendaires ou délégués
Ils siègent avec voix consultative dans la chambre à laquelle ils sont affectés. Ils ont
voix délibérative dans les affaires qu’ils sont chargés de rapporter et peuvent, dans
les conditions prévues à l’article 22, être appelés à compléter la chambre à laquelle ils
appartiennent ou être délégués dans les fonctions d’avocat général délégué, sur
décision conjointe du premier Président et du procureur général.
VII – Les auditeurs
Des auditeurs peuvent être affectés au service de la Cour Suprême. Ils sont répartis
entre les chambres de la cour par arrêté du premier président de la Cour Suprême. Ils
peuvent être mis à la disposition du parquet. Les auditeurs sont choisis par voie de
concours, parmi les magistrats des cours et tribunaux, du deuxième groupe du
deuxième grade. Ils sont nommés pour deux ans. À l’issue de cette période, sauf
renouvellement pour deux ans ou plus, ils sont obligatoirement nommés à des
emplois judiciaires en dehors de la cour et à l’indice immédiatement supérieur à celui
dont ils bénéficient à l’issue de l’auditorat.
Paragraphe II : Le personnel non magistrat
Le personnel non magistrat de la Cour Suprême est constitué essentiellement de
greffiers, de conseillers « en service extraordinaire » et d’un personnel d’appui.
I – Les greffiers
Le greffe de la Cour Suprême est dirigé par un greffier en chef qui, nommé par arrêté
ministériel sur proposition du premier président, assure le secrétariat des chambres
et de l’Assemblée générale consultative. Il est assisté de greffiers qui sont des
auxiliaires de justice essentiels dans l’administration de la justice. Ils sont soumis au
statut général des fonctionnaires et au statut particulier régi par le décret n° 77-928 du
27 octobre 1977. Le greffier est chargé de recevoir les requêtes, de les lire pour
déterminer la nature et l’urgence éventuelle de la solution. Il veille au bon
déroulement de la procédure en assurant l’effectivité du caractère contradictoire de la
procédure par la communication des mémoires et des pièces sans l’autorité des
Présidents de chambre sur les affaires en état d’être jugée, assurant ainsi une
mission d’alerte. Le greffier en chef peut tenir la plume devant toutes les formations
juridictionnelles de la Cour Suprême. Il conserve la minute des arrêts et en délivre
expédition.
II- Les conseillers en service extraordinaire
Les conseillers en service extraordinaire sont des hauts fonctionnaires appartenant à
des spécialités administratives diverses, nommés par décret sur proposition du
Président de la Cour Suprême. Ces conseillers, dont le nombre ne peut dépasser 20,
sont désignés pour une période d’un an renouvelable. N’étant pas des magistrats, ils
ne peuvent siéger dans les formations contentieuses de la Cour Suprême mais à
l’Assemblée générale consultative de la cour. Ils sont statutairement dans une
position d’activité dans leurs administrations ou structures d’origine. Personnalités
qualifiées dans les différents domaines de la vie nationale, les conseillers en service
extraordinaire apportent une expérience complémentaire à la Cour Suprême dans
l’exercice de sa compétence consultative.
**III. Personnel d'Appui et Formations de la Cour Suprême**
**A. Personnel d'Appui**
Le personnel d'appui contribue au bon fonctionnement de la Cour Suprême et est
sous la direction du Premier Président. Il inclut le directeur du service de
documentation et d'études, les secrétaires, les agents administratifs et financiers,
ainsi que les chauffeurs.
**B. Formations de la Cour Suprême**
*Paragraphe I: Formations Administratives*
**1. Assemblée Générale Consultative**
Instance où la Cour Suprême exerce sa compétence consultative. Présidée par le
Premier Président ou, en son absence, par le procureur général, un président de
chambre, ou le premier avocat général. Tous les membres de la Cour et les conseillers
en service extraordinaire y participent. La présence de commissaires du
gouvernement est possible, mais sans voix délibérative.
**2. Bureau**
Organe restreint présidé par le Premier Président, comprenant le procureur général,
les présidents de chambre, et le premier avocat général. Il assiste le Premier
Président dans l'administration et la discipline de la Cour, établissant le règlement
intérieur et donnant des avis essentiels, notamment sur les affectations.
**3. Assemblée Générale Intérieure**
Composée du Premier Président, du procureur général, des présidents de chambre,
du premier avocat général, du secrétaire général, des conseillers et des avocats
généraux. Elle adopte le rapport annuel de la Cour en séance plénière, présidée par le
Président de la Cour Suprême.
*Paragraphe II: Formations Contentieuses*
Les formations contentieuses sont chargées de juger les litiges par la voie
juridictionnelle. Chaque chambre juge les affaires relevant de sa compétence.
**A. Chambres**
1. *Chambre Criminelle*: Pourvois en cassation en matière pénale.
2. *Chambre Civile*: Pourvois en cassation en matière civile et commerciale.
3. *Chambre Sociale*: Pourvois en cassation en matière sociale.
4. *Chambre Administrative*: Juge en premier et dernier ressort les recours pour
excès de pouvoir et de cassation des arrêts et jugements rendus en dernier ressort.
Les chambres siègent avec un minimum de cinq magistrats en nombre impair. Elles
peuvent se réunir en formation restreinte, présidées par un président de chambre ou,
en cas d'absence, par le conseiller le plus ancien en grade. Le Premier Président peut
présider toute formation juridictionnelle de la Cour, et une chambre peut être divisée
en section par ordonnance du Premier Président, après avis du bureau.
**B. Les Chambres Réunies**
Les chambres réunies regroupent les présidents de chambre et les conseillers. Leur
séance se tient obligatoirement en nombre impair, et la délibération requiert la
présence d'au moins 7 de leurs membres. Elles ont compétence pour :
- Les recours en cassation contre les décisions de la cour de discipline financière et
des organismes administratifs à caractère juridictionnel.
- Les recours en rabat d'arrêt.
- Les recours en cassation sur arrêt de renvoi, lorsque le second arrêt ou jugement
est attaqué par les mêmes moyens que le premier.
- De manière générale, toute affaire que le Premier Président de la Cour Suprême
estime nécessaire de leur attribuer.
**TITRE II : LA PROCÉDURE ADMINISTRATIVE CONTENTIEUSE**
**CHAPITRE I : Les Sources et Traits Caractéristiques de la Procédure Administrative
Contentieuse**
*Section I : Les Ressources Ecrites*
Les sources de la procédure administrative contentieuse comprennent les règles
constitutionnelles, législatives, ou réglementaires applicables à l'organisation et au
déroulement des procès impliquant l'administration. Ces sources sont classées en
sources écrites et jurisprudentielles.
*Paragraphe I : La Constitution*
Contrairement à la France, la Constitution au Sénégal contient des dispositions sur le
contentieux administratif. L'article 92 confère à la Cour Suprême le pouvoir de juger
l'excès de pouvoir des actes des autorités exécutives et d'exercer la cassation des
arrêts rendus en matière administrative. La Constitution établit également des règles
de procédure contraignantes pour le traitement des affaires contentieuses.
*Paragraphe II : La Loi*
La loi, à la fois organique et ordinaire, joue un rôle crucial. Les lois organiques,
votées sur invitation expresse du législateur, complètent les dispositions
constitutionnelles. La loi organique de 2017, par exemple, détaille les compétences,
l'organisation, le fonctionnement, et la procédure devant la Cour Suprême. Le
législateur, conformément à l'article 67 de la constitution, a le pouvoir de fixer les
règles concernant les droits civiques, les garanties fondamentales, le statut des
magistrats, et les garanties des fonctionnaires.
**Paragraphe III : Le Règlement**
Le règlement, bien que relativement subsidiaire, a son importance dans la mesure où
il permet des aménagements des principes établis par le constituant et le législateur.
Ce pouvoir réglementaire a pour mission d'ajuster les règles sans les remettre en
cause ni porter atteinte aux principes fondamentaux. Il s'applique également à régir
les domaines ne relevant pas du champ de la loi.
*Section II : Les Sources Jurisprudentielles*
Si les sources jurisprudentielles sont plus prégnantes en France, elles ne sont pas
négligeables au Sénégal. Le juge administratif a contribué à forger les règles du droit
administratif, et le juge constitutionnel a renforcé cette influence en conférant une
valeur constitutionnelle à l'existence de la juridiction administrative et à la spécificité
de ses fonctions. Le principe de la compétence en dernier ressort de la juridiction
administrative a également été établi par le juge constitutionnel.
*Paragraphe I : Les Principes Généraux du Droit*
Ces principes, créations du juge administratif, s'imposent à l'autorité administrative
qui doit les respecter, même si le législateur a la possibilité de les modifier, les
restreindre, voire les abroger.
*Paragraphe II : Les Principes de Valeur Constitutionnelle*
Émanant du juge constitutionnel, ces principes sont contraignants pour le législateur,
qui doit les prendre en compte sous peine de voir la loi sanctionnée.
*Paragraphe III : Les Règles Générales de la Procédure Administrative*
De caractère supplétif, ces règles sont édictées par le pouvoir règlementaire en
l'absence de dispositions législatives contraires. Elles englobent des aspects tels que
l'obligation du juge de statuer sur toutes les conclusions présentées, le principe du
non ultra petita et ultra petita, ainsi que l'obligation de différer le jugement en
attendant une décision sur une demande d'aide juridictionnelle.
*Section III : Les Traits de la Procédure Administrative Contentieuse*
Bien que largement inspirée de la procédure civile, la procédure administrative
contentieuse se distingue par la reconnaissance de privilèges juridictionnels en
faveur de l'administration, fondés sur la protection de l'intérêt général. Cette
procédure, écrite, inquisitoriale, simple, et économique, consacre une illégalité
juridique entre les parties et facilite la charge de la preuve pour l'administré.
*Paragraphe I : Les Traits Caractéristiques de la Procédure*
**A. Une Procédure Écrite**
Le caractère écrit de la procédure administrative contentieuse offre plusieurs
avantages, notamment un examen plus minutieux des éléments du litige et un débat
contradictoire plus ordonné. En comparaison avec la procédure civile, la procédure
administrative privilégie l'écrit, avec des mémoires introductifs d'instance, des
mémoires complémentaires, des mémoires en réplique, et des rapports établis par
écrit. Cette approche restreint l'accès aux pièces du dossier aux seules parties et
défenseurs, excluant ainsi les tiers.
B. Une Procédure Inquisitoriale
La procédure administrative contentieuse se distingue de la procédure civile
accusatoire par son caractère inquisitorial. Le juge administre la procédure pour
compenser son caractère inégalitaire. Il ordonne les communications, prend des
décisions sur les expertises, et peut clore l'instruction s'il considère que la solution
est déjà certaine. Le juge fixe également les délais pour la production d'observations,
de mémoires, et de pièces, tout en décidant seul du moment où l'affaire est en état et
en fixant la date de l'audience.
C. Une Procédure Simple et Économique
La procédure administrative contentieuse est réputée peu coûteuse. Le recours à un
avocat n'est pas obligatoire, sauf si la loi l'impose pour des procédures spécifiques.
Les dépens sont à la charge de la partie perdante, et l'aide juridictionnelle peut être
obtenue par les personnes économiquement faibles.
D. L'Administration de la Preuve
La charge de la preuve incombe au demandeur, mais le juge administre généralement
cette charge de manière libérale en faveur de l'administré. Le caractère inquisitoire de
la procédure permet au juge de renverser la charge de la preuve lorsque les
allégations du requérant semblent suffisamment fondées. Le juge peut demander à
l'administration la production de documents ou la révélation des motifs de sa
décision, même si celle-ci n'est pas formellement motivée.
**Chapitre II : Le Déroulement de la Procédure Administrative Contentieuse Devant la
Chambre Administrative de la Cour Suprême**
Le déroulement de la procédure administrative contentieuse devant la Chambre
Administrative de la Cour Suprême est réglementé par le titre III de la loi organique de
la Cour Suprême. Ces règles, précisées par la jurisprudence le cas échéant,
englobent les différentes étapes de saisine de la juridiction compétente et les règles
de résolution judiciaire des litiges et autres questions de droit. Certaines règles
s'appliquent à toutes les requêtes devant la Cour Suprême, tandis que d'autres sont
spécifiques aux recours en matière administrative.
**Section I : Les Règles Communes de Procédure**
*Paragraphe I : L'introduction de l'instance*
La procédure contentieuse devant la Cour Suprême commence par l'introduction de
l'instance, conformément à l'article 32 de la loi organique n°.2017-09 du 17 janvier
2017. Les termes "requêtes," "recours," et "pourvoi" sont utilisés de manière
interchangeable, mais l'article 40 de l'ordonnance française du 31 juillet 1945 sur le
Conseil d'État fait une distinction entre la requête et le recours. La requête doit être
signée par un avocat exerçant légalement au Sénégal, bien que son ministère soit
facultatif dans certains cas. L'État et les collectivités locales sont dispensés du
ministère d'avocat, mais le non-respect de cette formalité entraîne la déchéance du
requérant.
*A : Le Ministère d'Avocat*
La requête doit être signée par un avocat, sauf dispense. L'État et les collectivités
locales sont exemptés du ministère d'avocat, mais le non-respect de cette formalité
entraîne la déchéance du requérant.
*B : La Forme de la Requête*
La requête doit respecter certaines formalités, sous peine d'irrecevabilité. Elle doit
indiquer les noms et domiciles des parties, contenir un exposé sommaire des faits et
des moyens, et être accompagnée de l'expédition de la décision juridictionnelle
attaquée ou de la décision administrative attaquée. Des copies de la requête doivent
être jointes pour chaque partie concernée.
*C : La Consignation*
Le requérant doit consigner une somme suffisante pour garantir le paiement des
droits de timbre et d'enregistrement dans les mois suivant l'instruction de son
pourvoi. Certaines entités, comme les personnes morales de droit public et les
bénéficiaires de l'assistance judiciaire, sont dispensées de cette consignation.
*D : La Signification de la Requête*
Dans les deux mois suivant son introduction, la requête doit être signifiée à la partie
adverse par acte extrajudiciaire contenant élection et domicile. L'huissier doit
indiquer à la partie adverse un délai de deux mois pour produire sa défense, à peine
d'irrecevabilité. Le respect de ces formalités est strictement apprécié, et le
non-respect peut entraîner la déchéance du requérant.
Les délais de procédure sont francs, et le premier président peut réduire ces délais à
la demande d'une partie.
**Paragraphe II : L’Instruction**
L'instruction du pourvoi devant la Cour Suprême suit un processus rigoureux. Les
mémoires et toutes les pièces de la procédure doivent être déposés dans les délais
prescrits, communiqués à la partie adverse et déposés au greffe de la Cour Suprême.
Une fois les mémoires et pièces produits ou que les délais pour les produire ont
expiré, l'affaire est réputée en l'état. À ce stade, le pourvoi est transmis au greffier en
chef au service de documentation et d'étude pour accomplir ses missions.
Le dossier est ensuite transmis au premier Président, qui saisit le Président de la
chambre compétente. Un rapporteur est désigné, et si nécessaire, les juges du fond
peuvent avoir accès au dossier. Le Président de la chambre, sur proposition du
rapporteur, peut prescrire des mesures d'instruction sur le fond. Si la solution de
l'affaire est déjà certaine, le rapporteur soumet le pourvoi à l'examen du Président de
chambre, accélérant ainsi la procédure.
En cas de demande d'inscription en faux contre une pièce versée à la procédure, le
premier Président de la Cour Suprême examine la demande moyennant une
consignation. Une fois l'affaire en l'état, le rapporteur établit son dossier, transmis au
ministère public pour avis sur le recours. Le premier Président fixe ensuite la date de
l'audience.
**Paragraphe III : La Décision**
*I - L'Audience*
Les affaires sont statuées en audience publique, et le tableau des affaires retenues
est affiché au greffe. Le Président assure la police de l'audience, et les avocats
peuvent être entendus dans leurs observations orales. L'arrêt rendu est
contradictoire, que les avocats aient utilisé cette faculté ou non.
*II - La Forme de l’Arrêt*
**1) Les Visas**
Les arrêts de la Cour Suprême comprennent les visas, qui mentionnent les textes
appliqués, les noms et qualités des parties, des magistrats, du rapporteur, et du
représentant du ministère public. Ils indiquent également si l'arrêt a été rendu en
audience non publique.
**2) Les motifs**
Les arrêts de la Cour Suprême sont motivés, exposant de manière textuelle les
éléments de fait et de droit ayant conduit à la décision du juge. Cette partie, appelée
motifs, est particulièrement riche car elle est le lieu où le juge élabore les règles
jurisprudentielles.
**3) Le dispositif**
Le dispositif est la section de l'arrêt où le juge propose la solution judiciaire au
contentieux présenté. Il contient la décision principale arrêtée par le juge, ainsi que
d'autres dispositions telles que la condamnation aux dépens. L'autorité de la chose
jugée est liée au dispositif et non aux motifs qui le soutiennent.
**III - La notification**
Une fois la décision prise en délibéré, elle est rendue publique par le président de la
formation de jugement. La minute de l'arrêt, signée par le président, les conseillers
présents à l'audience et le greffier, est notifiée aux parties par le greffier en chef dans
un délai d'un mois à compter du prononcé. Les dispositions des arrêts sont
transcrites sur les registres des juridictions dont les arrêts ou jugements ont été
cassés.
**IV - Les voies de recours**
Les décisions de la Cour Suprême ne sont généralement pas sujettes à des recours,
sauf dans le cas du recours en rectification d'erreur matérielle et de la requête en
rabat d'arrêt. Ces recours, d'ordre du procureur général, sont des voies de recours
contre les décisions définitives.
**1) La requête en rectification d'erreur matérielle**
Cette requête vise une décision rendue en dernier ressort et entachée d'une erreur
matérielle qui aurait pu influencer la solution du litige. La requête est possible lorsque
aucune autre voie de recours n'est disponible pour rectifier l'erreur alléguée.
**2) La requête en rabat d'arrêt**
Cette requête s'applique contre un arrêt de la Cour Suprême affecté d'une erreur de
procédure qui n'est pas imputable à la partie concernée. Elle peut être présentée par
le procureur général de sa propre initiative, à la demande du ministère de la justice,
ou par les parties elles-mêmes. La requête en rabat d'arrêt est jugée par la Cour
Suprême en chambre réunie.
**3) Les recours d'ordre**
Dans cette catégorie, on distingue le pourvoi dans l'intérêt de la loi et les excès de
pouvoir des juges.
- *Le pourvoi dans l'intérêt de la loi* : Le procureur général peut se pourvoir en
cassation dans l'intérêt de la loi, soit d'office, soit à la demande du ministre de la
justice. Il peut le faire sans observer de délai, contre un arrêt ou un jugement qui n'a
fait l'objet d'aucune réclamation dans le délai fixé ou qui a été exécuté. La Cour
Suprême statue sans renvoi, et la décision n'a aucun effet entre les parties.
- *Les excès de pouvoir des juges* : Le procureur général peut, dans toutes les
matières, saisir le premier président de la Cour Suprême pour déférer à la chambre
compétente de la Cour les actes par lesquels les juges excèdent leurs pouvoirs. Cela
inclut les erreurs de droit ou la fausse application de la loi manifeste dans la
qualification juridique. La chambre saisie annule ces actes, et l'annulation s'applique
à tous. Les parties sont renvoyées devant la juridiction saisie dans l'état de la
procédure antérieure à l'acte annulé.
**Paragraphe I : Les dispositions relatives au recours pour excès de pouvoir**
Le recours pour excès de pouvoir est une voie de droit permettant aux administrés de
demander au juge de déclarer illégale une décision administrative unilatérale faisant
grief et d'en tirer les conséquences en annulant partiellement ou totalement ladite
décision.
**A- Le délai**
Le recours doit être introduit dans un délai de deux mois à compter de la date de
publication de la décision attaquée ou, le cas échéant, de la date de notification ou de
signification de cette décision. Le silence de l'autorité administrative compétente
pendant quatre mois après la saisie d'un recours administratif gracieux ou de tutelle
vaut décision implicite de rejet, à partir de laquelle le délai de deux mois commence à
courir.
**B- Le sursis à exécution**
L'introduction du recours ne suspend pas les effets de la décision attaquée.
Cependant, le requérant peut demander au juge d'ordonner le sursis à exécution de la
décision. Le sursis à exécution est une demande incidente à une requête principale
visant l'annulation de la décision administrative. Le juge peut accorder ou refuser le
sursis à exécution en évaluant la gravité des moyens avancés et le préjudice potentiel
du requérant.
**C- L'arrêt**
Les dispositions générales sont applicables à l'instruction, à l'audience et au délibéré
du juge de l'excès de pouvoir. Le délai pour obtenir une décision est à l'appréciation
de la Cour Suprême, qui n'est pas tenue de statuer dans un délai déterminé, sauf dans
les cas expressément prévus par la loi. Si la solution de l'affaire est déjà certaine, le
Président de la chambre peut décider de ne pas instruire l'affaire, et le dossier est
directement porté au rôle d'une audience de jugement. L'arrêt annulant totalement ou
partiellement un acte administratif illégal a un effet rétroactif et est notifié aux parties
dans un délai d'un mois.
**D- L'exécution de l'arrêt**
Les pouvoirs du juge de l'excès de pouvoir se limitent au prononcé de sa décision.
L'administration est responsable de mettre en œuvre l'annulation de l'acte
administratif, et le juge n'intervient pas dans l'exécution matérielle de la décision. Le
refus de l'administration d'exécuter l'arrêt constitue une illégalité engageant sa
responsabilité pour faute.
**Paragraphe II : Les dispositions relatives aux recours électoraux**
Ce paragraphe traite des recours électoraux, distinguant le contentieux des
inscriptions sur les listes électorales et le contentieux des élections locales.
**A- Le contentieux des inscriptions sur les listes électorales**
Le contentieux des inscriptions sur les listes électorales, englobant les inscriptions
indues, les omissions, les radiations, etc., est porté devant le Président du tribunal
d'instance. Ce dernier rend une ordonnance en dernier ressort, susceptible d'un
recours en cassation devant la Cour suprême. Le délai pour se pourvoir en cassation
est de 10 jours à compter de la notification de la décision contestée. Le pourvoi est
formé par simple requête, enregistrée au greffe du tribunal d'instance, et la partie
adverse a un délai de 8 jours pour produire sa défense. La Cour suprême statut sans
frais après avoir entendu le commissaire du gouvernement.
**B- Le contentieux des élections locales**
La Cour d'appel est compétente pour juger le contentieux des élections locales.
L'arrêt proclamant les résultats peut être attaqué par la voie du recours en cassation
devant la Cour suprême. Le délai pour se pourvoir en cassation est d'un mois à
compter de l'expiration du délai imparti à la Cour d'appel ou de l'arrêt de proclamation
des résultats. Le pourvoi est formé par simple requête enregistrée au greffe de la
Cour d'appel, et la partie adverse a 15 jours pour produire sa défense. La Cour
suprême statut sans frais après avoir entendu le commissaire du gouvernement.
**Paragraphe III : Les dispositions relatives aux recours en cassation en matière de
plein contentieux administratif**
Ce paragraphe évoque les conditions de recevabilité strictes entourant le recours en
cassation contre les décisions administratives rendues en dernier ressort.
**A- La recevabilité**
Le recours en cassation n'est recevable que contre les décisions rendues en dernier
ressort par les cours et tribunaux statuant en matière administrative. La décision doit
être définitive, et le recours n'est recevable que si le justiciable dispose d'un intérêt
réel et suffisant, en étant partie ou représenté à l'instance. Le délai pour se pourvoir
en cassation est de deux mois à compter de la signification de l'arrêt ou du jugement.
**B- Les formalités**
Le recours en cassation est soumis aux règles générales de procédure, avec
l'obligation du ministère d'avocat et la consignation d'une garantie pour couvrir les
frais judiciaires. Des exceptions à la consignation sont prévues par la loi organique.
**C- Les mesures d'urgence**
Le recours en cassation n'interrompt pas l'exécution de la décision attaquée, mais le
sursis à exécution est de droit dans certaines situations, telles que les affaires d'état,
les cas de faux incident, les ventes immobilières, et en matière pénale, sauf
exceptions prévues par la loi organique.
**D- L’arrêt de cassation**
Lorsque la Cour suprême intervient en cassation, elle n'a pas le pouvoir de se
prononcer sur le fond de l'affaire. Voici les différentes situations qui peuvent se
présenter après une cassation :
1. **Renvoi aux juridictions compétentes :** Si la cassation a lieu en raison d'une
incompétence, l'affaire est renvoyée devant la juridiction compétente.
2. **Cassation pour violation de la loi ou de la coutume :** Si la cassation intervient en
raison d'une violation de la loi ou de la coutume, la Cour suprême précise les
dispositions qui ont été enfreintes. L'affaire est renvoyée devant la même juridiction,
mais éventuellement autrement composée, ou devant une juridiction du même ordre.
3. **Cassation sans renvoi :** La Cour suprême peut également décider de casser
sans renvoi si la cassation n'implique pas une nouvelle décision sur le fond. Elle peut
également mettre fin au litige si les faits, tels qu'ils ont été souverainement constatés
et appréciés par les juges du fond, permettent l'application de la règle de droit
appropriée. Dans ces deux cas, la Cour suprême se prononce sur les dépens
afférents aux instances devant le juge du fond. L'arrêt de cassation a force
exécutoire.
**Rejet du recours en cassation :** Si le recours en cassation est rejeté, la partie
requérante ne peut plus introduire un nouveau recours en cassation dans la même
affaire, quel que soit le motif.
**Cassation répétée :** En cas de cassation d'un premier arrêt ou jugement dans la
même affaire entre les mêmes parties et procédant de la même qualité, si le deuxième
arrêt ou jugement est cassé pour les mêmes motifs que le premier, la Cour suprême
statue définitivement sur l'affaire et sur le point de droit à juger.
**CHAPITRE III : LES RECOURS ADMINISTRATIFS**
Ce chapitre explore les recours administratifs, qui sont des recours adressés à un
administrateur actif statuant par le biais d'un acte administratif. Il propose une
classification en trois types de recours administratifs : gracieux, hiérarchiques, et de
tutelle.
**Paragraphe I : Les traits caractéristiques des recours administratifs**
Ce paragraphe met en avant deux caractéristiques générales des recours
administratifs : leur caractère général et leur procédure non formaliste.
**A- Le caractère général des recours administratifs**
Les recours administratifs sont reconnus pour les particuliers même en l'absence de
textes spécifiques. Lorsque les textes le prévoient, le recours administratif est
entièrement réglementé par ces textes. Par exemple, en cas de demande
d'autorisation de permis, le silence de l'administration peut être interprété comme une
autorisation.
**B- Une procédure non formaliste**
Le recours administratif est généralement non formaliste. En principe, son exercice
n'est pas strictement réglementé. Même lorsque des règles existent, elles exigent des
conditions souples. Aucune condition particulière n'est imposée au demandeur en ce
qui concerne son intérêt ou sa capacité. Les actes administratifs peuvent toujours
faire l'objet de recours administratifs, et aucune condition particulière n'est exigée
quant à la forme du recours, sauf s'il doit être adressé à une autorité ayant un pouvoir
sur l'acte litigieux. En ce qui concerne le délai, bien que le recours administratif n'ait
généralement pas de conditions spécifiques, il doit être introduit dans le délai du
recours juridictionnel si le demandeur souhaite porter le litige devant les tribunaux.
Ces caractéristiques permettent de distinguer les recours administratifs des recours
contentieux, bien qu'il puisse y avoir une certaine complémentarité entre ces deux
types de recours.
**Paragraphe II : Effets des recours administratifs**
L'introduction d'un recours administratif entraîne deux principaux effets : l'obligation
pour l'autorité administrative d'examiner la demande et la prorogation éventuelle du
délai du recours contentieux.
**A- Obligation d’examiner la demande**
Historiquement, l'administration n'était pas tenue de répondre à un recours
administratif, sauf exceptions imposées par la jurisprudence ou des textes
spécifiques. Ces exceptions permettent à l'autorité administrative, lorsqu'elle examine
la demande, de se prononcer en opportunité.
**B- Prorogation du recours contentieux**
Bien que le recours administratif et le recours contentieux soient généralement
indépendants, le premier peut être utilisé comme préalable ou complément au
second. Dans le respect de la règle de la décision préalable, le particulier doit
déclencher une décision par un recours administratif avant de saisir le juge. De
même, respecter la règle du recours administratif préalable peut rendre le recours
contentieux recevable. Le recours administratif offre ainsi une possibilité de
conciliation et, s'il est introduit dans le délai du recours contentieux, peut proroger ce
délai, commençant à courir après la réponse administrative