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Fondement de la morale chez Kant

Ce document présente une introduction sur les fondements de la morale chez Kant. Il décrit brièvement les types de morale qui ont précédé Kant, notamment la morale cosmologique-éthique et la morale théologique-éthique.

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Fondement de la morale chez Kant

Ce document présente une introduction sur les fondements de la morale chez Kant. Il décrit brièvement les types de morale qui ont précédé Kant, notamment la morale cosmologique-éthique et la morale théologique-éthique.

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DEPARTEMENT DE PHILOSOPHIE

Mémoire de master II

Thème :

Le sujet : fondement de la morale chez Kant


INTRODUCTION
Dans la conclusion de son ouvrage qui achève sa théorie morale1, Kant fait une
déclaration que nous prenons comme très délicate du point de vue de la quantité, mais encore
beaucoup plus significative, s’agissant de la qualité. Cette déclaration, la voici : « Deux
choses remplissent le cœur d’une admiration et d’une vénération toujours nouvelles et
toujours croissantes, à mesure que la réflexion s’y attache et s’y applique : le ciel étoilé au-
dessus de moi, la loi morale en moi. »2 Cette déclaration est délicate car, d’un côté, elle
affiche d’emblée une prétention de résumer, quantitativement, les deux premières théories
philosophiques de Kant, à savoir la connaissance et la pratique. De l’autre, la seule phrase ici
écrite, est assez suffisante pour comprendre véritablement quelle est la position du philosophe
de Königsberg sur les théories de la connaissance et la pratique.

En effet, dans la première, la théorie de la connaissance, Kant mentionne avec force le


pouvoir limité de la raison en l’invitant à entreprendre « à nouveau en charge la plus difficile
de les tâches, celle de la connaissance de soi, et qu’elle institue un tribunal qui la garantisse
en ses légimes prétentions, mais tout en sachant en revanche éconduire ses présomptions sans
fondements, non par décisions autoritaires (A XII), mais en vertu de ses lois éternelles et
immuables ; et ce tribunal n’est rien d’autre que la critique de la raison pure elle-même. »3
Autrement dit, il s’agit pour la raison comme juge de soi, de remettre en question tout ce
qu’elle prenait autrefois comme possible et de ne reconnaître comme connaissance vraie et
certaine que ce qui aura pu « résister à son libre et public examen » comme il le dira dans sa
première œuvre critique (la Critique de la raison pure), voir quels sont ses possibilités ainsi
que ses limites. Dès lors, la raison, définie comme faculté de connaître et de juger, est tenue
de comprendre que ce dont elle est capable d’appréhender est ce qui se trouve dans ce que
Kant appelle avec affection, l’intuition sensible à savoir : l’espace et le temps4. C’est du
moins, une invitation que le philosophe de Königsberg a faite de la raison de limiter son
champ d’investigation au monde des phénomènes5.

Dans la seconde dimension de cette déclaration, l’on retient l’idée selon laquelle la
morale est une affaire de l’homme, qu’elle part de l’homme en tant que législateur et revient

1
Il s’agit ici de la Critique de la raison pratique, éd. Gallimard, 2012
2
Kant, Critique de la raison pratique, éd. Gallimard, 2012, pp. 211-212
3
Kant, Critique de la raison pure, traduction et présentation par Alain Renaut, GF-Flammarion, 2006, p.65
4
L’espace et le temps sont, pour Kant, les deux formes pur de la sensibilité. Ils sont appelés aussi intuition pure,
c’est-à-dire le cadre au sein duquel est limité le pouvoir de connaître de la raison.
5
Par phénomène, il faut entendre les objets qui font leur apparition au sujet et ce, dans le temps et dans
l’espace.
en lui en tant que dimension applicable de la loi morale6. Mais qu’entend-on par morale ?
Dans le vocabulaire technique et critique de la philosophie, André LALANDE définit la
morale telle qu’il suit : « Ensemble des règles de conduites admises à une époque ou par un
groupe d’hommes »7. De manière plus claire, la morale renvoie à des normes proprement
établies par une société et auxquelles chacun est contraint de se soumettre si l’on veut
préserver l’harmonie voulue par la communauté. Ceci, pour dire qu’une quelconque théorie
de la morale n’est pas à inventer, comme l’ont fait beaucoup de prédécesseurs8 de Kant, et
que chaque peuple a sa morale qui lui est propre. C’est d’ailleurs dans ce sens qu’Emile
DIRKHEIM affirmait : « Chaque peuple a sa morale qui est déterminée par les conditions
dans lesquelles il vit. On ne peut donc lui en inculquer une autre, si élevée qu’elle soit, sans le
désorganiser »9. Dès lors, nous comprenons pourquoi Kant ne s’est pas contenté de créer une
nouvelle morale, mais à apporter un fondement solide à « la conscience morale commune »10
comme il la nomme dans les Fondements de la métaphysique des mœurs. Dans ce sillage, il
écrit : « …on y établit aucun principe nouveau, mais seulement une formule nouvelle de la
moralité. »11

Mais avant de pousser la réflexion sur la morale telle que développée par Kant, il nous
est loisible d’abord et beaucoup plus approprié de revenir sur les types de morale qui ont tant
rayonné dans la vie de l’homme avant l’avènement du kantisme. Car, comme dira Luc
FERRY, toute la théorie philosophique de Kant, y compris la morale, est bâtie sur « les ruines
du monde ancien »12. Quelles sont alors les théories philosophico-morales sur la base
desquelles le kantisme est construit ? Il est ici question du cosmologico-éthique, du
théologico-éthique et de l’éthique utilitariste. Ainsi, dans l’Antiquité ou plus exactement dans
la philosophie ancienne, la morale reposait sur une parfaite conformité aux lois de la nature. Á
cette époque, agir moralement était synonyme de respecter l’ordre naturel des choses. Car la
nature apparaissait comme un tout organisé, fini et capable de générer à l’homme les règles de

6
La loi morale, dit Kant, c’est ce qui nous permet de prendre conscience de l’existence de la liberté (on en
reviendra). C’est ce qu’il appelle « la ration cognoscendi de la liberté ». En revanche, la liberté est la « ration
essendi », (Kant, [Link]., p.20) c’est-à-dire ce qui nous donne l’essence de la liberté.
7
André LALANDE, Vocabulaire technique et critique de la philosophie, Quadrige, PUF, 2002, p.1067.
8
L’on se souvient de Descartes qui se donner pour tâche de fonder une morale par provision qui consistait en
trois maximes comme il aimait les appeler : il s’agit du conformisme, la fermeté et la résolution
9
Emile DURKHEIM, Division du travail social, II, ch. I, p.262, repris par André LALANDE dans son ouvrage
précité, p.655.
10
Kant, Fondements de la métaphysique des mœurs, ….
11
Kant, Critique de la raison pratique, trad. Picavet, p.6, AK., Bd-V, p.8, repris par Alexis Philonenko dans son
ouvrage intitulé L’œuvre de Kant. La philosophie critique, Morale et Politique, Tome II, 5e édition, Paris, Librairie
philosophique J. Vrin 6 place de la Sorbonne, Ve, 1997, p.92
12
Luc FERRY, Kant : une lecture des trois critiques, …, p. 95.
sa conduite. Selon cette conception, l’agir moral s’identifiait à l’acte qui permet de réaliser les
fins de l’homme. Et puisque celles-ci se trouvaient dans la nature, il était opportun que
l’homme agisse en parfaite harmonie avec sa nature. C’est ainsi que Marc AURELE, en
parlant de la mort, confirme cet idéal stoïcien en nous avisant d’un ton absolument pathétique
: « Ne maudit pas la mort ; mais fais-lui bon accueil comme étant du nombre de ces éléments
que veut la nature. »13 A travers cette injonction, on comprend d’abord que la mort est un fait
de la nature. Ensuite, comme tel, elle ne doit pas causer du chagrin à l’homme puisque celui-
ci n’en est pas l’auteur, même si quelque fois il est coupable. Ce qui fait que l’homme doit
s’inscrire dans une posture non moins conforme à ce que lui prescrit la nature s’il veut, en tout
cas, trouver son bonheur. Une telle conception est celle que l’on appelle le cosmologico-
éthique.

Cependant, malgré l’importance de cette forme d’éthique, il n’en demeure pas moins
qu’elle rencontre quelque problème majeur allant même jusqu’à provoquer son discrédit. Ce
problème lui, est dû à l’avènement de la théorie newtonienne de la physique ayant trait à
l’ordre cosmique. Selon Newton (1642-1727), en effet, le monde, considéré autrefois comme
un cosmos harmonieux et hiérarchisé, n’en est plus un. C’est-à-dire, il n’y a aucun prétendu
ordre à partir duquel on pourrait trouver la règle de la moralité. Au contraire, ce que nous
trouvons dans le monde, ce n’est, comme dit Luc FERRY, qu’ « un chaos sans valeur,
axiologiquement neutre »14. Autrement dit, l’univers n’a plus la possibilité de régir l’ordre
moral des hommes, car il est lui-même ignorant des lois qui le régissent.

Au-delà de cette idée cosmique de la théorie éthique, il en existe une autre qui, elle
aussi, précède la morale telle que conçue par Kant : il s’agit du théologico-éthique. En
vérité, cette forme de morale est basée sur l’existence d’un être suprême générateur de
principes moraux auxquels l’homme est invité à se soumettre. Ici, c’est la conception
religieuse de la morale qui est en œuvre et qui, comme on vient de le souligner, repose sur
l’existence de Dieu, créateur du monde, parfaitement bon et en tant que tel, fournisseur de
l’exemple de ce qui relève de la moralité des actions. Car l’homme, en lui seul, se définit
comme manque et, comme tel, il ne peut se donner la règle de sa conduite morale. C’est
pourquoi Descartes d’ailleurs, dès sa première maxime de la morale, opte pour un
conformisme parfait tout en privilégiant le respect de la religion. Ainsi, citant par ordre ses
trois maximes de la morale par provision, il affirme que « La première était d’obéir aux lois

13
Marc AURÈLE, Pensées pour moi-même, Livre IX, III, Trad. J. BARTHELEMY-SAINT-HILAIRE, 1876.
14
Luc FERRY, Kant Une lecture des trois critiques, éd. Bernard GRASSET, 2006, p 14.
et coutumes de mon pays, retenant constamment la religion en laquelle Dieu m’a fait la grâce
d’être instruit »15. Cette morale héritée de Descartes, est celle que les continuateurs du
cartésianisme vont, eux aussi, enseigner dans l’école rationaliste dont les principaux
représentants sont Leibniz et Wolff.

Mais le principal problème de cette morale religieuse est que l’on ne pouvait pas
prétendre étendre ses capacités au-delà d’elle. Il y avait donc une sorte d’emprise de la
religion sur la liberté individuelle. C’est-à-dire, il était impossible pour l’homme, à l’image de
ce qui est ci-dessus évoqué, de se passer des principes inhérents à la religion. Toujours est-il
que nous devons fonder nos actions sur la base de ces principes.

A côté de ces deux formes de morale fondés l’une sur la cosmologie et l’autre sur la
théologie, il y en a une autre qui, elle aussi, va jalonner l’histoire de l’humanité. Cette forme
de morale, est celle que l’on nomme utilitarisme. En effet, l’utilitarisme, dont Jérémy
Bentham (1748-1832) fut le père fondateur en tant que théorie éthique, apparaît comme une
doctrine morale dont l’objectif est de travailler au bonheur des hommes. Ainsi, pour définir
cette théorie, dit Pauline HIEU dans son Mémoire de Maîtrise, il faut la rapporter au principe
de plaisir. C’est pourquoi : « Par le plaisir, l’utilité désigne le bonheur.»16 A partir de là, nous
constatons que la préoccupation majeure de la théorie utilitariste est de savoir comment faire
pour permettre à l’homme d’avoir son salut. En un mot, elle renvoie à une doctrine qui évalue
l’action morale en fonction des conséquences qu’elle peut avoir. C’est pourquoi d’ailleurs
l’utilitarisme est souvent désigné par le nom de « conséquentialisme ». Ainsi, l’utilitariste
considère que si l’action est capable de maximiser le plus grand « bonheur pour le plus grand
nombre »17 (principe de base de Bentham), alors elle est moralement bonne et juste. Dans le
cas contraire, c’est-à-dire si l’action ne fait que diminuer ou même fait perdre le bonheur de la
majorité, ou encore si elle ne tend qu’à augmenter la souffrance et la douleur du plus grand
nombre, alors elle est mauvaise et injuste du point de vue de la morale.

Mais de ce point de vue, une chose prête à équivoque : c’est le fait que la théorie
utilitariste a tendance à aller jusqu’à empiéter sur la liberté même des individus pour la bonne
et simple raison qu’elle vise la satisfaction de la collectivité. Cette théorie ne prend pas en

15
DESCARTES, Discours de la Méthode, édition établie et présentée par Frédéric BUZON, Gallimard, Coll.
FOLIO/ESSAIS, 1991, p 94-95
16
Pauline HIEU, Introduction à la morale utilitariste de John Stuart Mill, Mémoire de Master 2 de Philosophie,
Université de Nantes, 2012, p 4.
17
Hanafi NAOUFEL, « L’utilitarisme et la notion de l’utilité », Dogma, Revue de philosophie et sciences
humaines, p. 2.
compte le fait que l’homme, quel que soit son rapport avec les autres, soit d’abord et avant
tout un être humain doté de raison et de dignité. Ce qui fait qu’il ne doit pas se percevoir
comme un simple moyen au service du bien commun. En ce sens, la théorie utilitariste
apparaît comme une « instrumentalisation politique des droits fondamentaux ». En d’autres
termes, il viole les droits humains les plus absolus. Ce qui est pourtant contraire à toute
ambition de sauvegarde du bien-être de la collectivité, car celui-ci commence d’abord et
avant tout par une jouissance de la liberté individuelle. L’utilitarisme est ainsi la troisième
forme d’éthique ayant précédé l’avènement du kantisme en morale.

En dépit de ces difficultés que présente chacune des morales antérieures


(Cosmologico-éthique, Théologico-éthique et Utilitarisme), on retient l’idée qu’il n’y a pas de
solution définitive au problème de la conduite humaine. Ce qui fait donc qu’il est nécessaire
de trouver une autre forme d’éthique capable de combler le manque que renferme en son sein
chacune des théories éthiques que l’on vient juste d’évoquer. C’est sous ce rapport que va
naître la théorie kantienne de la morale. Ce qui ne veut point dire que la morale kantienne
comble tout ce qui manquait à cette théorie. Mais quand même, pour cette raison, nous
pouvons dire que le kantisme est né dans les ruines des systèmes antérieurs. C’est ainsi que
pour Luc FERRY, cette théorie kantienne :

« rompt avec le monde ancien – ce qui suppose que l’on prenne en compte, au moins
pour une part, l’objet de cette rupture ; elle se situe en permanente discussion avec ses
prédécesseurs les plus illustres – Descartes, Leibniz, Spinoza… - comme avec ses
contemporains, à commencer par Hume, le plus éminent représentant de ce qu’on
désignera plus tard comme la pensée « anglo-saxonne ». Mais elle annonce aussi la
période contemporaine, tout entière orientée vers cette déconstruction des illusions de
la métaphysique à laquelle Kant ouvre la voie. »18

En d’autres termes, la philosophie kantienne dans son ensemble (théorie, pratique, esthétique,
etc.) se détache des systèmes philosophiques développés non seulement avant lui, comme la
pensée ancienne, mais aussi par ses contemporaines ou même avec lui, notamment le
rationalisme et l’empirisme anglo-saxon.

Mais, vu l’échec des théories morales que nous venons juste de présenter, une
nécessité de changer de procédure saute aux yeux. C’est ainsi qu’avec Kant, contrairement à

18
Luc FERRY, [Link]. pp. 7-8.
ses prédécesseurs qui plaçaient la morale dans une instance extérieure au sujet, nous voyons
naître une forme de morale pour laquelle le sujet constitue le fondement. Ceci dans la simple
mesure où tout homme, en tant qu’être de raison, est capable de distinguer ce qui est bien et
juste de ce qui est mal et injuste. Et Kant va même plus loin en concédant que « même le
scélérat le plus hardi connaît, par les reproches de son cœur, la loi morale »19. C’est-à-dire,
la loi morale est si évidente que même si on voulait l’ignorer, on ne le pourrait pas. C’est
pourquoi, à en croire Kant, il n’est plus besoin de recourir à une instance autre que le sujet
pour savoir ce qu’il a comme obligations et comme devoirs. Il préconise dès lors de partir de
l’homme lui-même pour donner un fondement solide à nos jugements. D’où alors la fonction
éducative qu’attribue Victor DELBOS aux Fondements de la métaphysique des mœurs
puisque pour Kant, « l’homme ne peut devenir homme que par l’éducation »20 et que les
Fondements sont établies pour donner la formule de cette éducation.

En outre, cette décision de tout donner au sujet se justifie aussi par le fait non moins
imminent que Kant est un penseur du siècle des « Lumières »21. Or durant cette période, tous
les aspects de la vie humaine se trouvèrent être mis à l’épreuve, et par conséquent tous
s’assujettissent au libre jugement de la raison. Ce n’est pas alors la morale qui va en être
épargnée. Sous ce rapport, Kant écrit :

« Notre siècle est proprement le siècle de la critique, à laquelle tout doit se soumettre.
La religion, parce qu’elle est sacrée, et la législation à cause de sa majesté, veulent
communément s’y soustraire. Mais elles suscitent dès lors vis-à-vis d’elles un soupçon
légitime et ne peuvent prétendre à ce respect sans hypocrisie que la raison témoigne
uniquement à ce qui a pu soutenir son libre et public examen. »22

En d’autres termes, le XVIIIe siècle en tant que siècle de la lumière, n’accorde à aucun facteur
de la vie humaine le pouvoir de s’élever au-dessus de la raison critique : ni la religion ni la
législation encore moins la morale ne vont sortir de cette nécessité d’être amenées à
comparaître au tribunal de la raison. Tout est désormais appelé à passer à une évaluation par

19
KANT, Fondements de la métaphysique des mœurs, trad. Victor DELBOS revue par A. PHILONENKO, Paris,
LIBRAIRIE PHILOSOPHIQUE J. VRIN, 2004, p. 13.
20
KANT, Réflexions sur l’éducation, trad. Fr. A. PHILONENKO, Paris, Librairie Philosophique J. VRIN, 1966, p. 73.

22
KANT, Critique de la raison pure, trad. A. RENAUT, GF – Flammarion, 2006, note 1, p 65.
le« bon sens »23 pour parler à la manière de Descartes. En vérité, dans l’esprit des Lumières
l’homme ne doit pas se laisser conduire par un autre, mais il doit dégager sa propre
responsabilité afin qu’il puisse accéder à son bonheur.

Toutefois, même si Kant décide de réorienter la théorie de la moralité, il n’en demeure


pas moins que cette réflexion ne vise non pas à créer une morale à la manière d’un Descartes
qui se propose de se donner une morale provisoire avant de nous en livrer la définitive. Ce
qu’il préconise alors, c’est de « remonter des jugements moraux prononcés par la conscience
commune jusqu’au principe qui les fonde »24.C’est ce qu’il appelle la méthode analytique25,
c’est-à-dire celle qui consiste à partir de la conscience morale commune de la moralité
jusqu’au principe suprême qui la fonde. A ce niveau, Kant institue un rapport nouveau entre le
sujet qui est appelé à agir de façon morale, et les principes suivant lesquels il doit se conduire.
Et c’est tout l’intérêt de notre thème qui consiste à éclairer la véritable nature du rapport entre
le sujet et la morale chez KantEn quoi sont-elles faibles ou insuffisantes pour susciter la
nécessité d’une autre forme de morale ? Ou bien pourquoi Kant éprouve-t-il le besoin de
refonder la morale sur d’autres bases ? Quel statut la morale prend-elle dans l’entreprise
philosophique d’Emmanuel KANT qui récuse toute idée relative à la création d’une nouvelle
morale ? Ou plus exactement, sur quoi KANT fonde-t-il sa théorie morale ? Enfin, quelles
critiques ont été apportées face à la philosophie morale du philosophe de Königsberg ?
Répondre à cette série de question revient tour à tour et ce, dans la première partie de notre
travail, à scruter des théories morales telles que le cosmologico-éthique, le théologico-éthique
et l’utilitarisme classique dont Jérémy Bentham fut le père fondateur.

La première théorie, se réduit à l’idée suivante : « elle prenait volontiers la forme d’un
enracinement de l’éthique dans le cosmos ou, si l’on veut d’un cosmologico-éthique »26. En
d’autres termes, dans la période de l’Antiquité, agir moralement revenait à suivre l’ordre
présenté par l’univers, considéré à cet époque comme harmonieux et organisé. Ensuite, dans
la deuxième théorie, qu’on appelle aussi la morale des religions, on voyait dans les trois

23
DESCARTES, Discours de la méthode, Introduction et notes par Etienne Gilson, Paris, Librairie philosophique J.
VRIN, 1992, p. 80.
24
KANT, Fondements de la métaphysique des mœurs, trad. Victor DELBOS, Paris, Librairie Philosophique
Delagrave, 1994, p. 37.
25
Cette méthode est le propre des deux premières sections des Fondements de la métaphysique des mœurs.
Mais dans la troisième section de ce même ouvrage, Kant procède synthétiquement, c’est-à-dire qu’il part du
principe à la conscience commune, et cette partie n’est qu’une esquisse de la Critique de la raison pratique car
c’est dans ce chef d’œuvre que Kant développe de manière plus approfondie cette méthode synthétique en
partant du concept de liberté auquel il avait abouti dans les deux premières sections.
26
Luc FERRY, Ibid. p.95
religions monothéistes27 la source de toute la moralité de nos actions : on l’appelle le
théologico-éthique. La théorie utilitariste vient enfin clôturer cette liste de morales précédant
la pensée morale de Kant et desquelles cette dernière est partie. En effet, dans l’esprit de
l’utilitarisme, il est question de « réduire la morale à la seule prise en compte des « intérêts »
et qui lui assigne ainsi pour unique finalité la recherche du bonheur. »28 L’utilitarisme est
ainsi une morale du bonheur qui se base sur la seule utilité du « plus grand nombre ». Il s’agit
ici du principe du plus grand bonheur pour le plus grand nombre.

Ainsi, après avoir passé en revue toutes ces trois types de morale dans la première partie de
notre travail, nous reviendrons, dans la deuxième partie, sur les limites de ces conceptions
morales pour voir la nécessité d’une nouvelle formulation. Ce détour sur la morale antérieure
nous amènera à démontrer, en deuxième partie, le statut de la morale chez Kant. Ici, il s’agira,
dans le premier chapitre de rappeler qu’avec Kant, c’est le sujet qui constitue la base, le
dépositaire de la loi morale et qu’ainsi la morale est subjective. Dans un autre angle (chapitre
2), notre travail consistera à développer et à démontrer ce qui fait de la morale kantienne une
morale objective, surtout avec les principes du « désintéressement » et de « l’universalité ». Il
est clair que la théorie morale de Kant, comme toute autre théorie d’ailleurs, est sujette à des
critiques acerbes que nous ne pouvons toutes faire remarquer ici. C’est pourquoi, Pour finir,
dans la dernière partie, nous nous attèlerons à étudier la morale kantienne dans la période
postkantienne. Il sera ainsi question de voir quelles sont les critiques formulées, d’un côté, par
Hegel et, de l’autre, par Schopenhauer, à l’endroit de la morale du philosophe et enfin, de
plaider en faveur d’une appropriation de la théorie morale kantienne comme boussole à la vie
dans ce monde où la quasi-totalité des personnes sont dominées par la recherche de leurs
propres intérêts.

27
Il s’agit de la religion musulmane, chrétienne et juive.
28
Luc FERRY, Ibid. p.96
PREMIERE
PARTIE :
Genèse de la morale
Réfléchir sur la philosophie revient quelque fois à faire une histoire. Ce, parce que la
philosophie n’a pas surgi de manière spontanée. Elle a suivi une longue trajectoire allant de
l’Antiquité à nos jours en passant par les périodes médiévale, humaniste, moderne et
contemporaine. Pendant toutes ces périodes, elle (la philosophie) a connu différentes poussées
et repoussées voire des levées de boucliers vis-à-vis d’elle. C’est pourquoi, pour mener à bien
notre thème qui consiste à étudier la morale kantienne comme basée sur le sujet, nous avons
choisi de faire un détour sur l’histoire de la philosophie morale. Cependant, il faut noter que
nous n’avons pas pour ambition de réviser toute l’histoire de la morale de la période ancienne
à nos jours. Il s’agit plutôt de revenir sur les trois principales théories morales que nous
considérons comme essentielles à l’avènement de la morale kantienne compte tenu des limites
propres à chacune d’elles.
Chapitre I : Des conceptions antérieures de la morale

Le projet de mémoire que nous avions rédigé précédemment faisait voir que nous avions
annoncé un rappel des quelques théories morales antérieures à celle de Kant. Avant cela,
rappelons d’ores et déjà que la morale n’a pas attendu Kant pour faire l’objet de réflexion,
mais qu’elle a existé aussi longtemps que remonte l’histoire de l’humanité. Autrement dit,
depuis que l’homme est apparu sur terre, on note la présence, dans le monde, de théories
morales ou, du moins, l’existence de normes auxquelles les hommes, pour vivre
commodément dans la communauté, doivent se soumettre. Cette genèse, telle que nous la
voulons et telle qu’exige notre travail, nous oblige à scruter trois sortes de théories morales
qui se sont développées dans des époques antérieures à celle de Kant. Il s’agit, comme amorcé
précédemment, du cosmologico-éthique, du théologico-éthique et de l’utilitarisme.

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