Connectivité du reporting climat et financier
Connectivité du reporting climat et financier
© Association Francophone de Comptabilité | Téléchargé le 17/08/2023 sur [Link] via Université Toulouse 1 - Capitole (IP: [Link])
ISBN 9791093449289
DOI 10.3917/cca.284.0021
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[Link]@[Link]
Sophie GIORDANO-SPRING
MRM, Université de Montpellier, Montpellier, France
Résumé
À partir d’informations relevant du reporting climat, cette recherche explore la notion
de connectivité entre le reporting financier et extra-financier. À l’aide des propositions de
l’EFRAG (2021), nous proposons une définition de la connectivité et élaborons un score
de communication qui lui est associé. Une étude exploratoire des pratiques des firmes
de l’indice CAC40ESG et CAC40 est ensuite conduite, à partir des scores mesurés et
textes qui leurs sont associés. Les résultats mettent en évidence une faiblesse générale de
la connectivité et une forte dispersion des profils de publication, y compris au sein de
l’indice ESG. Cette hétérogénéité en matière d’indicateurs de performance (KPI) pose
des questions sur les difficultés opérationnelles de construction de normes de reporting
RSE pour les acteurs de marché.
Mots-clés : reporting climat, changement climatique, taxonomie eu-
ropéenne verte, connectivité, reporting intégré
Abstract
Based on climate reporting information, this study explores the notion of connectivity between
financial and non-financial reporting. Using the EFRAG (2021) proposals, we offer a defi-
nition of connectivity and develop a communication score associated with it. An exploratory
study of the practices of firms in the CAC 40 ESG and CAC 40 indexes is then conducted,
based on the measured scores and associated texts. The results highlight a general weakness in
connectivity and a strong dispersion of publication profiles, including within the ESG index.
This heterogeneity in terms of key performance indicators (KPIs) raises questions about the
operational difficulties of building CSR reporting standards for market players.
K eywords: climate reporting, climate change, European green taxonomy, con-
nectivity, integrated reporting
1. Introduction
Avec l’accélération du changement climatique (GIEC, 2021), les institutions
publiques et privées telles que les instances comptables européennes prennent
part au débat et s’efforcent de trouver des solutions pour endiguer ce phénomène.
L’hypothèse peut être faite qu’une plus forte connexion entre les informations
comptables ou financières et celles à caractère environnemental est susceptible
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d’orienter les acteurs économiques vers un comportement plus vertueux en la
matière.
Récemment, l’European Financial Reporting Advisory Group (EFRAG) a
publié un rapport composé de recommandations visant à promouvoir de nou-
velles formes de rapprochement entre le reporting financier et extra-financier,
sous le vocable de « connectivité » (EFRAG, 2021a). Ce rapport met en exergue
les limites de l’information financière dans la perspective des objectifs du déve-
loppement durable, et promeut la nécessité « d’interconnecter » le reporting
financier avec l’extra-financier. L’interconnexion du reporting financier et non
financier vise à offrir une forme de dialogue entre les attentes des différentes
parties prenantes de l’entreprise. S’agissant du reporting climat, on peut supposer
que les efforts consentis par une firme en faveur de la réduction des GES ou
de l’adaptation au réchauffement climatique trouvent une traduction financière
lisible dans la situation comptable de l’exercice. Partant d’une lecture des flux
comptables par nature dans l’information réglementée, l’interconnexion renvoie
à la nécessité d’une forme de comptabilité analytique étendue qui « flèche » les
flux comptables dédiés aux efforts environnementaux.
Dans cette recherche, nous définissons la connectivité comme le nombre
de recoupements faits au sein du rapport annuel, entre des informations extra-
financières d’une part et des données issues des états financiers réglementés
(connectivité dite « directe ») comme le chiffre d’affaires vert ou les informa-
tions financières au sens large (connectivité dite « indirecte ») d’autre part comme
la publication de capitaux autres que le capital financier (le capital naturel ou
social). Selon l’EFRAG, la connectivité vise à faciliter les liens entre le repor-
ting financier et le reporting extra-financier et ainsi à avoir une vue d’ensemble
cohérente de l’activité de l’entreprise et de son impact sur son environnement.
L’instance européenne recense des sujets pour lesquels ces liens peuvent être prio-
ritairement faits.
Les informations extra-financières sont définies comme « une information
fournie aux personnes extérieures à l’organisation sur des dimensions de la per-
formance autres que l’évaluation traditionnelle de la performance financière du
point de vue des actionnaires et des détenteurs de dettes » (Erkens et al., 2015,
p. 25). Au sein des informations extra-financières, le reporting climat appa-
rait désormais comme une composante incontournable. Ce dernier expose la
description par les entités déclarantes, notamment dans les rapports annuels, des
modalités de prise en compte de leur contribution à la lutte contre le réchauffe-
ment climatique. Nous considérons le reporting climat comme le niveau le plus
élevé d’informations environnementales regroupant à la fois l’impact de l’entre-
prise sur l’environnement, l’impact de l’environnement sur l’entreprise, la perfor-
mance de l’entreprise pour diminuer son impact sur le climat et toutes les poli-
tiques liées à l’atténuation et à l’adaptation du changement climatique (Union
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européenne, 2020). À la lecture du reporting climat, l’utilisateur doit comprendre
comment l’organisation concernée prend en compte le changement climatique et
comment elle participe à sa lutte selon les objectifs fixés par le GIEC (2021) et par
les accords internationaux sur le climat (Nations unies, 2015).
Notre recherche explore ce concept de connectivité, tant d’un point de vue
conceptuel que d’un point de vue empirique. L’idée d’une mise en cohérence sou-
haitable entre des informations financières et des informations non financières
pour expliquer la création de valeur n’est pas en soi nouvelle. Le cadre conceptuel
International Integrated Reporting Council (IIRC) avait déjà explicitement pro-
posé un tel objectif. L’émergence du reporting climat offre un sujet d’illustration
des difficultés et tentatives de lier dépenses, revenus et efforts en faveur de la
lutte contre le changement climatique. L’introduction récente de cette notion de
connectivité dans les projets de normalisation portés par l’EFRAG constitue un
contexte unique. Ainsi, notre étude s’efforce de réconcilier les approches théo-
riques et pratiques sur la connectivité. À partir des propositions de l’EFRAG,
nous conduisons une étude empirique exploratoire sur les pratiques des firmes
intégrées aux indices CAC 40 et CAC 40 ESG. L’EFRAG recense en effet
10 « points d’ancrage », qui sont autant d’indicateurs ou de thèmes particulière-
ment appropriés pour croiser ou mettre en cohérence les données financières avec
les données extra-financières. Ces 10 points d’ancrage constituent notre grille
d’analyse et fondent la mesure d’un score de connectivité. L’analyse des scores
observés dans l’échantillon est complétée par une analyse des textes associés à ces
points d’ancrage, collectés au sein des rapports annuels étudiés.
Nos résultats montrent tout d’abord que le niveau global de connectivité
observé au sein de notre échantillon est relativement faible. Même si le niveau
de connectivité des entreprises du CAC 40 ESG est un peu supérieur à celui
des entreprises du CAC 40, il n’en reste pas moins faible dans l’ensemble. Mais
surtout, on observe que la dispersion des scores est forte, y compris au sein de
l’indice CAC 40 ESG. L’étude des verbatims associés aux points d’ancrage ren-
force ce résultat. Les pratiques en la matière ne traduisent pas pour l’heure qu’une
norme est en train de se créer. Cela renvoie à des questionnements sur l’usage que
les acteurs de marché pourraient valablement faire de ces indicateurs et textes,
en particulier dans la perspective du reporting climat et des enjeux qui y sont
associés. Le reporting climat est en effet supposé être le reflet des actions de
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l’évolution réglementaire en cours rendant obligatoires les indicateurs de connec-
tivité dite directe (ou KPIs), nous effectuons un état des lieux des pratiques des
firmes les plus exposées à l’attention des acteurs de marché.
D’autre part, nos résultats mettent en évidence que les pratiques des entre-
prises intégrées à l’indice CAC 40 ESG ne témoignent pas d’un effort nettement
supérieur en matière de connectivité, par rapport à celles intégrées à l’indice
CAC 40 « classique ». De surcroit, on observe une variabilité forte des contenus
informationnels des publications, y compris pour les firmes ayant été distinguées
comme étant performantes du point de vue ESG.
La première section présente un état de l’art de la notion de « connectivité » à
travers des approches théoriques et empiriques (cf. 2.). La méthodologie utilisée
pour cette étude exploratoire est ensuite détaillée (cf. 3.), suivie des résultats de
l’étude exploratoire (cf. 4.). Enfin, la discussion des résultats envisage des pistes
de réflexions pour de futures études (cf. 5.).
2. La notion de « connectivité » :
approches théoriques et empiriques
Cette section aborde les approches conceptuelles de la connectivité dans les-
quelles notre recherche s’inscrit (2.1.). L’approche empirique de la connectivité
développée par l’EFRAG vient ensuite compléter ces approches (2.2) et consti-
tuer le socle de la méthode de recherche présentée ensuite.
de valeur à court, moyen et long terme »1. Par cette définition, l’IIRC énonce que
cette création de valeur est destinée à l’organisation elle-même, qu’elle permet de
dégager des rendements financiers pour les fournisseurs de capital financier et
les autres parties prenantes. Cette création de valeur permet ainsi d’augmenter
différents types de capitaux selon l’IIRC : les capitaux financiers, manufacturiers,
intellectuels, humains, sociaux et naturels (Integrated reporting IR, 2020).
La théorie des parties prenantes et de l’agence (Hill et Jones, 1992) joue un rôle
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central dans la recherche sur les RI (Frías-Aceituno et al., 2013 ; Frias-Aceituno
et al., 2013 ; Gianfelici et al., 2018). Cette théorie postule que les informations
divulguées dans les RI devraient diminuer les asymétries d’information et atté-
nuer les conflits d’intérêts entre les dirigeants et les différents groupes de parties
prenantes (Eccles et Krzus, 2015). Afin de mener des procédures de RI efficaces,
les entreprises ont besoin de systèmes de gouvernance d’entreprise internes et
externes appropriés. Ainsi, différents mécanismes internes de gouvernance d’en-
treprise, tel que la composition du conseil d’administration et de ses comités,
devraient réduire les coûts d’agence (Jensen et Meckling, 1976) et augmenter la
probabilité de compiler un RI de haute qualité. Néanmoins, compte tenu de sa
nature narrative et de l’absence de lignes directrices spécifiques, des recherches
antérieures ont montré que la préparation d’un RI est caractérisée par la discré-
tion managériale (Beattie, 2014 ; Higgins et al., 2014 ; Lai et al., 2018), ce qui
ouvre la voie à l’écoblanchiment des entreprises et à la gestion des impressions.
Afin de réaliser ce reporting intégrant à la fois des informations financières et
des informations environnementales et sociales, il faut établir une connexion des
informations et donc des reporting financiers et extra-financiers. Comme Cheng
et al. (2014), cette recherche tente de comprendre comment ce reporting est
intégré et quels sont les défis associés à sa mise en pratique. Plus spécifiquement,
nous espérons comprendre comment la connectivité pourrait à la fois permettre
d’obtenir un reporting plus comparable (Ruiz-Lozano et Tirado-Valencia, 2016)
et plus qualitatif.
Le concept de connectivité est étroitement lié au contexte du RI ; « un rap-
port intégré doit montrer, en tant qu’histoire complète de création de valeur, la
combinaison, l’interrelation et les dépendances entre les composants qui sont
importants pour la capacité de l’organisation à créer de la valeur au fil du temps »
(World Intellectual Capital Initiative, 2013). La connectivité s’améliore lorsqu’un
RI suit une structure logique, adopte une forme de communication appropriée
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l’entreprise (Grassmann et al., 2019).
Depuis une dizaine d’années, un nouveau concept s’insère dans la littérature
en complément de la comptabilité carbone, celui de la comptabilité du change-
ment climatique (Atkins et al., 2015 ; Ben-Amar et McIlkenny, 2015 ; Hahn
et al., 2015 ; Jing et al., 2014 ; Kalu et al., 2016) ou encore « reporting climat »
(AMF, 2020 ; David et Giordano-Spring, 2022 ; Gulluscio et al., 2020). Ce der-
nier ne peut être appréhendé uniquement par le biais du reporting financier ou
extra-financier mais il doit être un ensemble connecté et cohérent.
Le contenu d’un tel reporting reste un sujet d’exploration, oscillant entre
vision réduite des émissions carbone ou une vision plus large des informations
qualitatives sur les stratégies de lutte contre le changement climatique. Ainsi, la
comptabilité carbone pourrait se limiter aux émissions de la substance en question
alors que la comptabilisation du changement climatique inclurait des émissions
indirectes de GES telles que les émissions du scope 3 selon le référentiel GHG
protocol (Schaltegger et Csutora, 2012). Pour Ngwakwe (2012), la comptabilité
du changement climatique concerne la comptabilisation des émissions, l’em-
preinte GES, la capture et le stockage du carbone et les calculs de séquestration ;
elle s’appuie également sur les notions de politique d’adaptation et d’atténuation
au changement climatique. La comptabilité carbone apparait donc comme une
composante de la comptabilité du changement climatique, mais cette dernière
inclut également d’autres éléments ayant un impact sur le climat.
Outre la production des données et la publication de telles informations, la
question de la capacité des utilisateurs potentiels, investisseurs ou public élargi, à
lire ces informations et à les intégrer dans leurs prises de décisions au sujet de la
firme se pose. Des discours divergents selon les canaux de diffusion ont été déjà
relevés dans la littérature (Depoers et al., 2016 ; Jerome, 2013). L’un des enjeux de
ce reporting climat est, par conséquent, de ne pas constituer un discours décon-
necté des leviers de la performance économique de la firme.
La connectivité du reporting climat reste encore à construire, car le repor-
ting climat est bien souvent composé uniquement d’informations non finan-
cières. Sans accompagner ces informations d’éléments financiers, il est difficile
d’identifier à quelle hauteur un groupe investit de l’argent pour mener à bien
des politiques d’atténuation ou d’adaptation au changement climatique (David
et Giordano-Spring, 2022). Il y a donc une nécessité d’accompagner certaines
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l’ensemble des parties prenantes. L’amélioration de la connectivité du reporting
climat est donc primordiale pour créer un reporting plus lisible et comparable et
surtout plus connecté avec les informations financières.
et concerne à la fois les impacts rétrospectifs et les impacts orientés vers l’avenir
(EFRAG, 2021a). Certains problèmes peuvent revenir et toucher l’entreprise.
Cet « effet de rebond » se matérialise généralement dans les états financiers des
périodes comptables futures, mais il peut également toucher également les états
financiers de la même période comptable dans certains cas. L’EFRAG (2021a)
donne l’exemple des émissions de GES qui peuvent avoir un effet de rebond sur
l’entité, en cas de non-respect des objectifs d’émissions d’un parc automobile
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qui a entraîné une amende. Lorsque l’effet de rebond de la perspective de double
matérialité se traduit par une perspective de simple matérialité l’utilisateur du
reporting financier attendra des informations dans le rapport de gestion sur les
risques ou les opportunités dans une période prévisible, à moins que l’impact ne
soit déjà saisi dans les états financiers.
Les principaux standards identifiés par l’EFRAG pour réaliser une bonne
connectivité entre le reporting financier et extra-financier dans un cadre volon-
taire sont les recommandations de la Task Force on Climate-related Financial
Disclosures (TCFD), les recommandations de l’IIRC et les Guidelines on non-
financial reporting (2017/C 215/01).
Les recommandations de la TCFD (2017) représentent le nouveau standard
intégrant le plus d’informations relatives au climat en adéquation avec la COP21
et le rapport du GIEC (2014). Ces recommandations ont pour objectif d’aider
les entreprises à construire leur reporting climat autour de quatre thèmes : la
gouvernance, la stratégie, la gestion des risques et les mesures et cibles. Nous
pouvons par exemple citer l’analyse de scénario pour quantifier les risques et les
opportunités découlant des changements climatiques ou encore proposer une
quantification de risques ESG ayant un impact probable sur les performances de
l’entreprise (TCFD, 2017).
L’IIRC propose une méthodologie pour réaliser un reporting intégré en y
insérant des capitaux autres que les capitaux financiers (naturels, humains, etc.).
Cette méthodologie est liée à la manière dont le management gère l’affectation de
la création de valeur d’une entreprise ou de la performance financière liée à des
sujets environnementaux et sociaux (IIRC, 2013).
Les Guidelines on non-financial reporting (2017/C 215/01)2 proposent des
lignes directrices afin d’aider les sociétés à communiquer des informations non
financières (en matière d’environnement, de société et de gouvernance). Une
entreprise pourrait ainsi citer des informations pertinentes sur les impacts réels et
potentiels de ses activités sur l’environnement et sur la manière dont les questions
environnementales actuelles et prévisibles peuvent affecter son développement, sa
2. [Link]
(01)&from=EN
performance ou sa position. Cela peut être représenté par une valeur monétaire
représentant les impacts externes (environnementaux, sociaux, économiques) des
activités des entreprises et la manière dont une entreprise réduira les externalités
négatives (émissions de GES) et améliorera les externalités positives (amélioration
du capital humain).
L’EFRAG a identifié deux principaux standards obligatoires qui permettent
de réaliser une connectivité : la Non Financial Reporting Directive (NFRD)
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(Directive 2014/95/ EU) et la taxonomie européenne (2020).
La NFRD invite les entreprises de plus de 500 salariés à produire une décla-
ration de performance extra-financière dont les principaux éléments environ-
nementaux apparaissent dans la publication d’informations significatives sur la
prévention et le contrôle de la pollution et sur l’incidence de la consommation
d’énergie sur l’environnement. Cette directive est intimement liée aux Guidelines
on non-financial reporting (2017/C 215/01) par les informations demandées, qui
sont cependant obligatoires pour les entreprises concernées.
La taxonomie européenne verte (Union européenne, 2020) est une classifica-
tion standardisée pour évaluer la durabilité d’activités économiques. L’objectif de
cette taxonomie est de mettre en avant les secteurs d’activité où il est préférable
d’investir pour atteindre la neutralité carbone en 2050 en Europe. L’article 8
du règlement sur la taxonomie oblige les entreprises concernées par la directive
2014/95/UE (la directive sur les rapports non financiers, NFRD) à publier des
informations sur la manière et la mesure dans laquelle leurs activités sont asso-
ciées à des activités économiques qualifiées d’écologiquement durables en vertu
du règlement sur la taxonomie. La publication de trois « key performance indi-
cators (KPI) » liés aux activités écologiquement durables est également prévue, à
savoir la part de leur chiffre d’affaires (CA), la part de leurs dépenses d’investisse-
ment (CapEx) et celle de leurs dépenses d’exploitation (OpEx), qui sont liées à des
activités écologiquement durables. Ces KPI sont définis par l’EFRAG (2021a),
comme des éléments faisant partie de la connectivité directe. La connectivité
directe se caractérise par la possibilité de rapprocher les infor- mations relatives
au climat à des informations ou des données figurant dans les états financiers ou
dans le grand livre. La connectivité indirecte caractérise un lien entre une infor-
mation RSE (par exemple, une analyse de cycle de vie ou une analyse de scénario)
et une information intégrée dans les états financiers au sens large (par exemple,
un budget ou un prévisionnel).
Notre hypothèse générale repose sur le fait que le niveau de connectivité est
censé être élevé chez des entreprises qualifiées de vertueuses sur le plan envi-
ronnemental et social par les marchés financiers (CAC 40 ESG). Nous pensons
également trouver des KPI comparables d’une entreprise à une autre afin d’ap-
précier la qualité de la connectivité directe. Il reste donc à mesurer le niveau de
connectivité entre le reporting financier et extra-financier. Pour cela, nous nous
3. Méthodologie de l’étude
Après avoir présenté les éléments constitutifs de la comptabilité du change-
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ment climatique et la notion de connectivité, nous expliquons la méthode de
recherche employée. Notre objectif est d’examiner l’état de la connectivité sur des
entreprises écologiquement vertueuses et également d’identifier les différences de
divulgation relatives à la connectivité directe. Nous présenterons dans un pre-
mier temps l’échantillon puis, dans un second temps, nous présentons l’instru-
ment de mesure retenu pour apprécier et discuter de la notion de connectivité, en
cohérence avec les propositions de l’EFRAG (2021b).
3. [Link]
marketing-ou-flechage-des-entreprises-les-plus-durables-538
Tableau 1. Échantillon
Entreprises presentes Entreprises présentes Entreprises présente
dans les deux uniquement dans l’indice uniquement dans l’indice
indices (groupe 1) CAC 40 (groupe 2) CAC 40 ESG (groupe 3)
1 Air liquide AIRBUS ACCOR
2 ATOS ALSTOM ARKEMA
3 AXA ARCELORMITTAL EDF
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4 BNP PARIBAS DASSAULT SYSTEMES GECINA
5 BOUYGUES ESSILORLUXOTTICA KLEPIERRE REIT
6 CAPGEMINI HERMES INTL. SODEXO
7 CARREFOUR SAINT GOBAIN SOLVAY
8 CRÉDIT AGRICOLE THALES SUEZ
9 DANONE TOTAL VALEO
10 ENGIE
11 KERING
12 L’ORÉAL
13 LEGRAND
14 LVMH
15 MICHELIN
16 ORANGE
17 PERNOD-RICARD
18 PEUGEOT
19 PUBLICIS GROUPE
20 RENAULT
21 SAFRAN
22 SANOFI
23 SCHNEIDER ELECTRIC
24 SOCIETE GÉNÉRALE
25 STMICROELECTRONICS
26 TELEPERFORMANCE
27 UNIBAIL
28 VEOLIA ENVIRON
29 VINCI
30 VIVENDI
31 WORLDLINE
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items de connectivité directe sont des indicateurs financiers qui mettent en rela-
tion une information à caractère environnementale avec des données figurant
dans les états financiers ou dans le grand livre. Les items de connectivité indi-
recte sont des argumentaires suggérant un lien entre une information RSE (par
exemple, une analyse de cycle de vie ou une analyse de scénario) et une informa-
tion financière au sens large (par exemple, un budget ou un prévisionnel)4.
En référence aux propositions de l’EFRAG, trois indicateurs permettent une
connectivité directe, permettant un croisement entre données issues des états
financiers et informations environnementales liées aux activités de l’entreprise.
Les items 1 à 3 constituent des indicateurs financiers « verts » représentant en
valeur absolue le montant associé à des « activités économiques durables sur le
plan environnemental »5 telles qu’elles sont définies dans la législation relative à
la taxonomie (2020). L’annexe 1 présente les activités définies comme durables
sur le plan environnemental selon la taxonomie européenne, c’est-à-dire partici-
pant à l’atténuation et à l’adaptation du changement climatique. Ces indicateurs
financiers sont respectivement le montant du chiffre d’affaires (CA), des dépenses
d’investissement (CAPEX) et des dépenses opérationnelles (OPEX) associés à
des « activités économiques durables sur le plan environnemental ». Afin de pou-
voir comparer ce montant en valeur absolue avec celui d’autres entreprises, il est
recommandé de proposer un montant en valeur relative par rapport aux CA,
CAPEX et OPEX standards. Les KPI se représentent de la manière suivante :
Tableau 2. Calculs des KPI environnementaux en valeur relative
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des recommandations de l’International <IR> Framework, 4 items des recom-
mandations de la TCFD et un item de la directive NFRD.
En référence aux travaux de l’International <IR> Framework, il est recom-
mandé aux entreprises d’expliquer la manière dont le management gère l’affec-
tation de la création de valeur d’une entreprise ou de la performance financière
liée à des sujets environnementaux et sociaux (I4). Il est également demandé
aux entreprises de divulguer des capitaux supplémentaires autres que financiers
(IR Framework, 2013)6 qu’elles pourraient comptabiliser (I7). En référence aux
recommandations de la TCFD (2017), les entreprises réalisent une analyse de
scénario pour quantifier les risques et les opportunités liés au changement clima-
tique (I5). Elles doivent également quantifier leurs risques ESG ayant un impact
probable sur les performances de l’entreprise (I8). Elles doivent aussi publier des
objectifs non financiers en expliquant l’impact financier probable à la fois sur
les performances de l’entreprise et sur les impacts sociaux (I9). Enfin, il leur est
demandé d’établir un lien quantitatif entre les changements des indicateurs ESG
et la performance financière (par exemple, un changement de 1 % dans l’engage-
ment des employés a un impact sur le résultat d’exploitation) (I10).
Il leur est demandé également de proposer un calcul de la valeur monétaire
des impacts externes (environnementaux, sociaux, économiques) de leurs activités
et de quelle manière elles réduisent les externalités négatives et elles améliorent
les externalités positives (I6). Cet item fait à la fois référence à la NFRD (direc-
tive 2014/95/EU) et aux Non-binding guidelines (2017/C 215/01) en matière de
présentation et de réduction des émissions de GES. Ainsi, l’EFRAG choisit de
ne pas créer de nouveaux standards, mais au contraire, d’utiliser les standards
volontaires et obligatoires existants afin d’améliorer la connectivité du reporting
climat.
Ces dix items issus de l’EFRAG (2021a) sont codés pour l’ensemble des
firmes considérées dans l’indice CAC 40 ESG et CAC 40 à l’aide du logiciel
Nvivo. Le tableau 3 présente pour chacun des 10 points d’ancrage (constituant
6. Tel que le prévoient les travaux de l’IIRC qui cite comme exemple de capital : le
capital financier ; le capital manufacturé ; le capital intellectuel ; le capital humain ; le
capital social et relationnel et enfin le capital naturel.
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Chiffre d’affaires vert (produits environne- Taxonomie euro-
I1
mentaux) péenne (2020)
Connectivité Dépenses d’investissement vertes (environ- Taxonomie euro-
I2
directe nementales) péenne (2020)
Dépenses opérationnelles vertes (environne- Taxonomie euro-
I3
mentales) péenne (2020)
Expliquer la manière dont le management International <IR>
gère l’affectation de la création de valeur Framework (2013,
I4 d’une entreprise ou de la performance finan- 2020)
cière liée à des sujets environnementaux et
sociaux
Analyse de scénario pour quantifier les TCFD (2017)
I5 risques et les opportunités découlant des
changements climatiques
Valeur monétaire des impacts externes NFRD (2014)
(environnementaux, sociaux, économiques)
des activités des entreprises et de la manière
I6
dont une entreprise réduira les externali-
tés négatives et améliorera les externalités
Connectivité positives.
indirecte
Divulgation de capitaux autres que financiers International <IR>
I7 Framework (2013,
2020)
Quantification de risques ESG ayant un TCFD (2017)
I8 impact probable sur les performances de
l’entreprise
Publier des objectifs non financiers en expli- TCFD (2017)
quant l’impact financier probable à la fois
I9
sur les performances de l’entreprise et sur les
impacts sociaux et environnementaux
Établir un lien quantitatif entre les change- TCFD (2017)
I10 ments des indicateurs ESG et la performance
financière
Les 10 items sont à coder pour chaque entreprise et le groupe 1 est composé
de 31 entreprises ce qui représente 310 observations (n) et le groupe 2 et 3 sont
composés chacun de 9 entreprises ce qui constitue 90 observations par groupe.
Concernant la connectivité directe, il y a 3 items à analyser, ce qui représente
respectivement 93, 27 et 27 observations pour le groupe 1, 2 et 3. Concernant
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ont été collectés, soit 49 rapports (étape 2). Ces documents ont l’avantage de se
rapprocher au plus près d’un rapport intégré, car ils incluent le rapport extra-
financier ainsi que le rapport financier.
Ensuite à l’aide du logiciel Nvivo, nous avons codé 1 ou 0 pour chaque item de
notre indice de divulgation (étape 3) : 0 pour l’absence de l’information recher-
chée et 1 pour sa présence. Cela nous permet d’obtenir un score par item et par
type de connectivité et un score global afin de pouvoir comparer les entreprises
(étape 4).
La présentation des KPI indiqués dans l’article 8 du règlement de taxonomie7
allant devenir obligatoire d’ici le 1er janvier 2022 pour les entreprises déjà sou-
mises à la déclaration de performance extra-financière (à partir du reporting
de 2021)8, nous avons souhaité réaliser une analyse de contenu exploratoire com-
plémentaire afin d’observer les différences de pratiques en matière de connectivité
directe (étape 5).
Nous présentons le protocole de recherche dans la figure suivante :
7. [Link]
from=F
8. [Link]
4. Résultats
Cette section présente tout d’abord une analyse descriptive des scores de
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connectivité (4.1.) et ensuite une analyse de contenu des rapports examinés (4.2.).
* le chiffre en % est le rapport entre le nombre d’observations et le nombre total de l’effectif théorique
des observations répondant à l’item.
climat et elle doit également quantifier cet impact monétairement. L’item 9, lui,
demande aux entreprises de publier des objectifs non financiers en expliquant
l’impact financier probable à la fois sur la performance de l’entreprise et sur les
impacts sociaux et environnementaux.
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ESG + Uniquement Uniquement
non ESG non-ESG ESG
N = 31 N=9 N=9
n* % n % n %
I1 - Chiffre d'affaires vert
2 6% 0 0% 2 22 %
(produits environnementaux)
I2 - CAPEX vert (dépenses d'investissement) 6 19 % 1 11 % 2 22 %
I3 - OPEX vert (dépenses d'exploitation) 3 9% 1 11 % 2 22 %
I4 - Expliquer comment la direction gère l'affec-
tation de la création de valeur ou des perfor-
20 64 % 3 33 % 9 100 %
mances financières d'une entreprise face aux
questions environnementales et sociales
I5 – Analyse de scénarios pour quantifier les
risques et les opportunités découlant du chan- 14 45 % 1 11 % 5 55 %
gement climatique
I6 - Valeur monétaire des impacts externes
(environnementaux, sociaux, économiques)
des activités de l’entreprise et comment une 0 0% 0 0% 0 0%
entreprise va réduire les externalités négatives et
renforcer les externalités positives.
I7 – Divulgation du capital non financier 11 35 % 1 11 % 3 33 %
I8 – Quantification des risques ESG ayant
un impact probable sur les performances de 20 64 % 6 66 % 8 88 %
l’entreprise.
I9 – Publier des objectifs non financiers expli-
quant l’impact financier probable à la fois sur la
11 35 % 3 33 % 7 77 %
performance de l’entreprise et sur les impacts
sociaux et environnementaux.
I10 – Établir un lien quantitatif entre l’évolution
des indicateurs ESG et la performance finan- 0 0% 0 0% 0 0%
cière.
Globalement, nous constatons que certains items semblent être plus impor-
tants pour les entreprises et nous notons également que nous n’avons pas pu iden-
tifier, pour toutes les entreprises de l’échantillon, des éléments nous permettant
de coder les items 6 et 10. Nous constatons également un faible taux de divul-
gation pour les items 1, 2 et 3 alors que ces derniers vont devenir obligatoires
en 2022 en France ; cela montre qu’en 2019, il n’y avait pas encore une volonté
affirmée de publier ce type d’information.
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leurs données comptables ou financières et leurs efforts environnementaux ou
sociaux. Nous focalisons dans cette section notre attention sur la connectivité
directe, car c’est la connectivité qui a été la plus complexe à analyser.
Le tableau 6 présente le détail des trois KPI environnementaux (chiffre d’af-
faires vert, CAPEX vert et OPEX vert) correspondant aux trois items de connec-
tivité directe, et ce pour les entreprises ayant renseigné au moins un des trois KPI.
Les calculs présentés dans le tableau 2 ont permis d’obtenir la valeur relative ; les
valeurs des CA, CAPEX et OPEX ont été extraites en valeur absolue de la base
de données Datastream afin d’obtenir des données comparables et homogènes.
Ce tableau fait apparaitre en tout premier lieu une forte hétérogénéité dans
les profils de publication. Au sein de nos échantillons, seules 12 firmes publient
au moins un KPI. Sept firmes sur 12 publient deux KPI, 5 firmes n’en publient
qu’un et aucune ne publie les trois KPI recommandés (bientôt requis par la régle-
mentation). Les indicateurs les plus souvent renseignés présentent un écart-type
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perçu comme défavorable.
Ces indicateurs sont entourés d’un narratif lui aussi très hétérogène au sein
de l’échantillon observé. SOLVAY (2019, p. 65), par exemple, déclare que « 22 %
de notre chiffre d’affaires apporte un bénéfice en termes de changement clima-
tique ». Il montre également que l’entreprise affiche, déjà en 2019 la part relative
du CA vert aux lecteurs des rapports ce qui ne nécessite donc pas de retraitement.
WORDLINE lui a publié en valeur absolue la part de son chiffre d’affaires vert,
ce qui a nécessité un retraitement pour obtenir la valeur relative.
« En 2019, Worldline a réalisé un chiffre d’affaires durable de 1 016 mil-
lions d’euros, répartis comme suit selon les cinq principaux ODD pour
lesquels la contribution de l’entreprise est la plus importante au regard de
son activité. » (Worldline, 2019, p. 119)
Les items 2 et 3 portent sur les dépenses d’investissements et d’opération
engagées par les entreprises pour lutter contre le changement climatique. Ces
informations sont variées, elles peuvent couvrir des dépenses visant à diminuer
les émissions de GES, à optimiser les déchets (économie circulaire) ou encore à
participer à des politiques de compensation des émissions (projets d’agrofores-
terie liés aux marchés carbone).
La phase de codage a permis néanmoins de distinguer deux types de cas : soit
les entreprises détaillent leurs dépenses et séparent les dépenses opérationnelles et
les dépenses d’investissement, soit elles indiquent uniquement le montant total
des dépenses environnementales sans en distinguer les montants. Ce deuxième
cas ne permet pas au lecteur d’identifier le montant attribué au CAPEX et à
l’OPEX, empêchant ainsi le codage de ces données. Pour cette raison, 10 entre-
prises seulement ont pu être codées et analysées.
Deux entreprises, DANONE et LVMH, distinguent leurs dépenses environ-
nementales avec les dépenses d’investissement d’une part et les dépenses opéra-
tionnelles vertes de l’autre.
Dans le cas de DANONE, les investissements pour protéger l’environne-
ment sont évalués à 27 millions d’euros alors que 117 millions sont destinés aux
dépenses opérationnelles, soit un total de 144 millions.
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en 2018) : 36 millions d’euros pour la gestion des déchets, de l’eau, de
l’air ; 55 millions d’euros pour les contributions payées pour la collecte et
le recyclage des emballages ; 26 millions d’euros pour les autres dépenses. »
(Danone rapport annuel, 2019, p. 156)
Le groupe LVMH répartit également dans son rapport annuel ses dépenses
et ses investissements environnementaux distinctement. Il indique tout d’abord
les éléments inclus dans ses dépenses avant d’en préciser le montant. Il indique
aussi que les charges d’exploitation, que l’on pourrait qualifier d’opérationnelles,
atteignent 15,9 millions d’euros et que les dépenses d’investissement s’élèvent
à 10,7 millions d’euros, soit un total de 26,6 millions. Ce total est également
conforme à l’information présentée dans Datastream.
« Les postes de dépenses environnementales ont été comptabilisés en sui-
vant les recommandations de l’avis de l’Autorité des Normes Comptables
(ANC). Les charges d’exploitation et les investissements ont été reportés
pour chacun des postes suivants : protection de l’air ambiant et du climat ;
gestion des eaux usées ; gestion des déchets ; protection et assainissement
du sol, des eaux souterraines et des eaux de surface ; lutte contre le bruit
et les vibrations ; protection de la biodiversité et du paysage ; protection
contre les rayonnements ; recherche et développement ; autres activités de
protection de l’environnement. En 2019, le montant des dépenses liées à
la protection de l’environnement se répartit comme suit : charges d’exploi-
tation : 15,9 millions d’euros ; investissements : 10,7 millions d’euros. »
(LVMH rapport annuel, 2019, p. 75)
Pour ces deux dernières entreprises, il est donc possible de décomposer les
deux dépenses et ainsi d’obtenir, en valeur absolue, le montant des dépenses opé-
rationnelles et d’investissement qualifiés d’environnementaux. Cependant un
retraitement reste encore à faire pour obtenir la valeur relative de ces dépenses
qui n’est pas encore présente chez certaines entreprises analysées.
A contrario des exemples qui précèdent, quelques firmes expriment un mon-
tant global de dépenses environnementales, sans possible distinction entre l’opé-
rationnel et l’investissement. Tel est le cas d’ENGIE.
« En 2019, les dépenses environnementales (investissements et dépenses
courantes d’exploitation liées à la préservation de l’environnement) se
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nition de la recommandation française n° 2003-R02 du 21 octobre 2003
du Conseil national de la comptabilité, lequel ne couvre que les dépenses
« supplémentaires » (à l’exclusion de toutes les dépenses courantes d’entre-
tien, de fonctionnement, d’élimination des déchets, etc.) et « exclusive-
ment environnementales » (hors composante environnementale incluse
dans les investissements industriels réalisés). » (Michelin rapport annuel,
2019, p. 181).
En contrepartie, on observe que le groupe MICHELIN présente une comp-
tabilité analytique détaillée des destinations de ces dépenses environnementales.
Enfin, le groupe UNIBAIL n’a réalisé aucune distinction entre ses dépenses
d’investissement et ses dépenses opérationnelles vertes dans son rapport annuel,
il a seulement été possible de retrouver des dépenses de dépollution des sols.
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senter une connectivité directe de meilleure qualité.
5. Discussion et conclusion
Les travaux relatifs à la connectivité du reporting climat ne cessent de croitre
tant sur le plan théorique que pratique, et leur mise en place est encore en
construction (EFRAG, 2021b). La taxonomie européenne (2020) va certaine-
ment, dans les prochaines années, améliorer la qualité de la connectivité directe
et ainsi rendre plus visible le lien entre les politiques d’atténuation et d’adaptation
du changement climatique et les dépenses et produits qui y sont associés. La
connectivité indirecte mérite également une attention particulière. Cette der-
nière sera également améliorée grâce au développement de la TCFD qui participe
pleinement à l’amélioration le contenu du reporting climat (David et Giordano-
Spring, 2022 ; O’Dwyer et Unerman, 2020).
La question de la connectivité de manière générale est également au cœur des
débats de la profession comptable qui souhaite transformer l’actuelle déclara-
tion de performance extra-financière (DPEF) en une déclaration de performance
intégrée (DPI). Il ne s’agirait pas uniquement de présenter une connectivité des
informations financières et extra-financières dans le reporting, mais plutôt de
présenter sa performance au regard d’informations financières et extra-finan-
cières connectées et intégrées. Dans la lignée de cette initiative, Rambaud et
Richard (2015) proposent un nouveau modèle de comptabilité intitulé modèle
CARE qui va venir intégrer davantage le capital naturel à la comptabilité. Ce
modèle est actuellement en cours d’expérimentation par un cabinet comptable.
Son but est d’étendre les états financiers classiques, pour y incorporer les capitaux
humains et naturels, et leur appliquer les mêmes instruments de protection que
ceux utilisés en comptabilité traditionnelle pour le capital financier.
Les résultats de notre étude descriptive montrent que le niveau de connecti-
vité est relativement faible pour l’ensemble des entreprises de l’échantillon ana-
lysé, il ne dépasse pas les 50 % pour les trois groupes étudiés. Nous constatons
également des divergences de divulgation concernant la connectivité directe.
Cette dernière, qui va être imposée dans les prochaines années par la taxonomie
européenne verte, est bien souvent publiée en un seul bloc dans les dépenses
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Ainsi, cette étude contribue également à faire un état des lieux du niveau
de connectivité des plus grosses entreprises françaises faisant partie d’un indice
boursier ESG (CAC 40 ESG) et d’un indice boursier standard (CAC 40). Cette
étude est la première à réaliser une analyse du niveau de connectivité des plus
importantes entreprises françaises à partir des travaux de l’EFRAG et de la taxo-
nomie européenne, et surtout, à utiliser un indice boursier prenant en compte
des critères environnementaux et sociaux. Cependant, l’hétérogénéité des résul-
tats obtenus lors de l’étude en matière d’indicateurs de performance (KPI) pose
des questions sur les difficultés opérationnelles de construction de normes de
reporting RSE pour les acteurs de marché.
L’une des limites de l’étude est notre focalisation sur un échantillon assez
restreint et sur une seule année ; en outre, nous nous sommes concentrés unique-
ment sur deux dimensions de la connectivité (connectivité directe et indirecte).
Pour de futures recherches, il pourrait être intéressant de réaliser une étude
européenne mesurant le niveau de connectivité d’entreprises faisant partie de
contextes historiques, institutionnels et économiques différents. Il serait intéres-
sant également de pouvoir mesurer l’impact de la mise en place de la taxonomie
européenne verte sur le reporting climat notamment en ce qui concerne la publi-
cation des KPI environnementaux.
Dans la perspective de futures recherches, Serafeim et Trinh (2020) de la
Harvard Business School, proposent un calcul permettant d’inclure l’impact
environnemental et social des activités d’une organisation dans les comptes des
entreprises. En effet à l’heure du changement climatique, il est important de
corréler le résultat d’une entreprise et le montant de ses capitaux propres avec
son impact sur l’environnement et la société. Les auteurs proposent d’évaluer
un impact global à partir des critères suivants : le recyclage en fin de vie du pro-
duit, l’utilisation environnementale du produit, la qualité du produit, l’accès et la
portée du produit. Concernant le compte de résultat, ils proposent de comparer
cet impact avec le chiffre d’affaires ou l’EBITDA. Cela permet d’obtenir une
valeur relative de cet impact par rapport à ces deux variables et ainsi de pouvoir
comparer l’impact avec d’autres entreprises. L’objectif est d’aider les décideurs
dans leurs prises de décision afin qu’ils puissent se détourner des entreprises
à fort impact négatif et se tourner plutôt vers des entreprises à impact positif.
L’effort d’inclure l’impact environnemental et social dans les comptes s’associe
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lement opérer un arbitrage coût-bénéfice afin d’améliorer leur connectivité. En
effet une bonne connectivité pourrait signifier qu’une entreprise est vertueuse
d’un point de vue environnemental, mais dans les faits, cette étude n’audite pas
les pratiques des entreprises et se fie au discours divulgué dans le reporting climat
qui n’est malheureusement pas toujours exempt d’écoblanchiment. En effet, les
entreprises peuvent annoncer des programmes d’investissement visant à décar-
boner ou à réduire leurs impacts globaux (utilisation de ressources rares, faible
possibilité de recycler) qui peuvent ne jamais voir le jour. Des études antérieures
soulignent le caractère parfois arbitraire des données comptables environnemen-
tales, qui peuvent être ambigües (Vinnari et Laine, 2017) et apparaitre floues du
fait de l’absence de définitions et de référentiels communs (Senn et Giordano-
Spring, 2020).
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Annexe
Annexe 1. Classification des activités contribuant
à l’atténuation et à l’adaptation du changement
climatique selon la taxonomie européenne (2020)
Atténuation Adaptation
1 Boisement Boisement
2 Réhabilitation, Reforestation Réhabilitation, Reforestation
3 Reboisement Reboisement
4 Gestion des forêts existantes Gestion des forêts existantes
5 Forêt de conservation Forêt de conservation
6 Culture de plantes pérennes Culture de plantes pérennes
7 Culture de plantes non pérennes Culture de plantes non pérennes
8 Production de bétail Production de bétail
9 Fabrication de technologies à faible émission Fabrication de technologies à faible émis-
de carbone sion de carbone
Atténuation Adaptation
10 Fabrication de ciment Fabrication de ciment
11 Fabrication d’aluminium Fabrication d’aluminium
12 Fabrication de fer et d’acier Fabrication de fer et d’acier
13 Fabrication d’hydrogène Fabrication d’hydrogène
14 Fabrication d’autres produits chimiques Fabrication d’autres produits chimiques
inorganiques de base - Fabrication de noir de inorganiques de base - Fabrication de noir
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carbone de carbone
15 Fabrication d’autres produits chimiques inor- Fabrication d’autres produits chimiques
ganiques de base - Fabrication de carbonate inorganiques de base - Fabrication de
disodique (carbonate de soude) carbonate disodique (carbonate de soude)
16 Fabrication d’autres produits chimiques inor- Fabrication d’autres produits chimiques
ganiques de base - Fabrication de chlore inorganiques de base - Fabrication de
chlore
17 Fabrication d’autres produits chimiques orga- Fabrication d’autres produits chimiques
niques de base organiques de base
18 Fabrication d’engrais et de composés azotés Fabrication d’engrais et de composés
azotés
19 Fabrication de matières plastiques sous forme Fabrication de matières plastiques sous
primaire forme primaire
20 Production d’électricité à partir de l’énergie Production d’électricité à partir de l’éner-
solaire photovoltaïque gie solaire photovoltaïque
21 Production d’électricité à partir de l’énergie Production d’électricité à partir de l’éner-
solaire concentrée gie solaire concentrée
22 Production d’électricité à partir de l’énergie Production d’électricité à partir de l’éner-
éolienne gie éolienne
23 Production d’électricité à partir de l’énergie Production d’électricité à partir de l’éner-
des océans gie des océans
24 Production d’électricité à partir de l’hydroé- Production d’électricité à partir de
lectricité l’hydroélectricité
25 Production d’électricité à partir de la géo- Production d’électricité à partir de la
thermie géothermie
26 Production d’électricité à partir du gaz (pas Production d’électricité à partir du gaz
uniquement le gaz naturel) (pas uniquement le gaz naturel)
27 Production d’électricité à partir de la bioéner- Production d’électricité à partir de la
gie (biomasse, biogaz et biocarburants) bioénergie (biomasse, biogaz et biocar-
burants)
28 Transmission et distribution d’électricité Transmission et distribution d’électricité
29 Stockage de l’électricité Stockage de l’électricité
30 Stockage de l’énergie thermique Stockage de l’énergie thermique
31 Stockage de l’hydrogène Stockage de l’hydrogène
32 Fabrication de biogaz ou de biocarburants Fabrication de biogaz ou de biocarburants
33 Rénovation des réseaux de transport et de Rénovation des réseaux de transport et de
distribution de gaz distribution de gaz
Atténuation Adaptation
34 Distribution de chauffage/refroidissement Distribution de chauffage/refroidissement
urbain urbain
35 Installation et exploitation de pompes à Installation et exploitation de pompes à
chaleur électriques chaleur électriques
36 Cogénération de chaleur/refroidissement Cogénération de chaleur/refroidissement
et d’électricité à partir d’énergie solaire et d’électricité à partir d’énergie solaire
centralisée centralisée
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37 Cogénération de chaleur/refroidissement et Cogénération de chaleur/refroidissement
d’électricité à partir d’énergie géothermique et d’électricité à partir d’énergie géother-
mique
38 Cogénération de chaleur/refroidissement et Cogénération de chaleur/refroidissement
d’électricité à partir de gaz (non exclusif au et d’électricité à partir de gaz (non exclusif
gaz naturel) au gaz naturel)
39 Cogénération de chaleur/refroidissement et Cogénération de chaleur/refroidissement
d’électricité à partir de bioénergie (biomasse, et d’électricité à partir de bioénergie
biogaz, biocarburants). (biomasse, biogaz, biocarburants).
40 Production de chaleur/de froid à partir Production de chaleur/de froid à partir
d’énergie solaire concentrée d’énergie solaire concentrée
41 Production de chaleur/de froid à partir de la Production de chaleur/de froid à partir de
géothermie la géothermie
42 Production de chaleur/refroidissement à par- Production de chaleur/refroidissement à
tir de gaz (non exclusif au gaz naturel) partir de gaz (non exclusif au gaz naturel)
43 Production de chaleur/de froid à partir de la Production de chaleur/de froid à partir de
bioénergie (biomasse, biogaz, biocarburants) la bioénergie (biomasse, biogaz, biocar-
burants)
44 Production de chaleur/refroidissement à Production de chaleur/refroidissement à
partir de chaleur résiduelle partir de chaleur résiduelle
45 Collecte, traitement et distribution de l’eau Collecte, traitement et distribution de
l’eau
46 Traitement centralisé des eaux usées Traitement centralisé des eaux usées
47 Digestion anaérobie des boues d’épuration Digestion anaérobie des boues d’épura-
tion
48 Collecte et transport séparés des déchets Collecte et transport séparés des déchets
non dangereux dans des fractions séparées à non dangereux dans des fractions sépa-
la source. rées à la source.
49 Digestion anaérobie des biodéchets Digestion anaérobie des biodéchets
50 Compostage des biodéchets Compostage des biodéchets
51 Récupération de matériaux à partir de Récupération de matériaux à partir de
déchets non dangereux déchets non dangereux
52 Captage et utilisation des gaz de décharge Captage et utilisation des gaz de
décharge
53 Captage direct du CO2 dans l’air Captage direct du CO2 dans l’air
54 Captage des émissions anthropogéniques Captage des émissions anthropogéniques
55 Transport du CO2 Transport du CO2
Atténuation Adaptation
56 Séquestration permanente du CO2 capté Séquestration permanente du CO2 capté
57 Transport ferroviaire de passagers (interur- Transport ferroviaire de passagers (inte-
bain) rurbain)
58 Transport ferroviaire de marchandises Transport ferroviaire de marchandises
59 Transport public Transport public
60 Infrastructure pour le transport à faible émis- Infrastructure pour le transport à faible
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sion de carbone (transport terrestre) émission de carbone (transport terrestre)
61 Voitures particulières et véhicules commer- Voitures particulières et véhicules com-
ciaux merciaux
62 Services de transport de marchandises par Services de transport de marchandises
route par route
63 Transport routier interurbain régulier Transport routier interurbain régulier
64 Transport fluvial de passagers Transport fluvial de passagers
65 Transport fluvial de marchandises Transport fluvial de marchandises
66 Infrastructures pour le transport à faible Infrastructures pour le transport à faible
émission de carbone (transport par eau) émission de carbone (transport par eau)
67 Construction de nouveaux bâtiments Construction de nouveaux bâtiments
68 Rénovation de bâtiments Rénovation de bâtiments
69 Mesures de rénovation individuelles, instal- Assurance non-vie
lation d’énergies renouvelables sur site et
activités professionnelles, scientifiques et
techniques
70 Acquisition et propriété de bâtiments Activités d’ingénierie et de conseil tech-
nique connexe consacrées à l’adaptation
au changement climatique
71 Traitement des données, hébergement et
activités connexes
72 Solutions de surveillance du changement
climatique basées sur des données